CÔTE D’IVOIRE – RETOUR SUR ACTU/ELECTIONS LOCALES : Malaise sur fond de contestations tout azimut

Les élections municipales et régionales du 13 octobre dernier en Côte d’Ivoire ne se sont pas déroulées dans les règles de l’art, loin s’en faut ! Ainsi, au lendemain du scrutin, le ton monte, les langues se délient, des candidats, preuves palpables à l’appui, dénoncent des irrégularités flagrantes, des hold-up électoraux qui déteignent dangereusement sur des résultats officiels peu conformes à la sincérité des suffrages exprimés çà et là. A telle enseigne que, dans les localités de Port-Bouët, Bassam, Marcoury, Agnéby-Tiassa et autres, les électeurs ont perdu toute crédibilité en une Cei qui n’a pas su rester au-dessus de la mêlée pour jouer le rôle d’arbitre impartial attendu d’elle. Explication.

 

Le cas de Agnéby-Tiassa est édifiant, inquiétant et interpelle. Le président sortant du conseil régional de l’Agnéby-Tiassa, Martin Nando M’Bolo, tête de la liste indépendante ‘’Développement et Prospérité’’, ne se ‘’reconnais pas dans les résultats provisoires proclamés par la Cei centrale. Et pour cause. A l’aide de la compilation des procès-verbaux, le candidat a pu déceler des « irrégularités manifestes et criardes », notamment dans le département de Tiassalé, qui auraient entaché le vote exprimé par les populations de l’Agnéby-Tiassa. Dans le souci d’obtenir le respect de la volonté exprimée dans les urnes par les électeurs, le candidat entend utiliser toutes les voies de recours.

Au nombre de ses griefs, Nando M’Bolo soutient qu’à la fermeture des bureaux de vote, alors même que la Cei locale était encore en train de compiler les résultats, son adversaire aurait déclaré sur une chaîne de télévision en ligne (Agnéby TV) qu’il a remporté les élections à 54%. Et c’est le lendemain que la Cei centrale a proclamé les résultats, en lieu et place de la Cei locale. En donnant perdant le président du conseil régional sortant à 48,34% de suffrages contre 50,48% pour Pierre Dimba, directeur général de l’Ageroute et candidat Rgph. La suite, on la connaît.

Ailleurs, de sources dignes de foi, des électeurs convaincus du choix opéré par la voie des urnes se sont vus imposer d’autres candidats pour lesquels ils n’avaient pas voter, par braquage électoral.

 

 

La démocratie libérale est le régime politique le plus accepté dans le monde

 

La démocratie libérale est le régime politique le plus accepté dans le monde. Et sa force réside dans le fait qu’elle donne au peuple ce à quoi il aspira le plus : la liberté. Le mouvement démocratique contemporain se manifeste souvent sous la forme d’une démocratie représentative, fondée sur le principe selon lequel, la souveraineté appartient au peuple, qui l’exerce à travers ses représentants. De ce fait, la désignation des représentants du peuple devient un enjeu majeur. Le vote étant perçu comme le « mode le plus habituel, le plus légitime de participation politique (Duhamel et Meny, 1995 :705). La démocratie est de nos jours, analysée sous le prisme de l’élection, d’où l’expression « démocratie électorale ». Ainsi, l’organisation d’élections devient un critère d’évaluation de la vitalité démocratique d’un pays. Ce qui se passe actuellement en Côte d’Ivoire n’honore pas le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara. En décevant profondément les aspirations profondes que les populations des villes et des campagnes de la Côte d’Ivoire ont placé en lui en tant que garant de l’Etat de droit et de la gouvernance démocratique.

 

Le vote : une compétition politique pacifique

 

D’après la conception de Max Weber, la démocratie exige une compétition pacifique pour la conquête du pouvoir ou des positions de pouvoir dans un État. Cette compétition politique pacifique est organisée sous forme de vote. L’organisation d’élections pour désigner les représentants du peuple a été consacrée par toutes les chartes constitutionnelles modernes. Même dans les monarchies parlementaires, le vote est devenu une pratique accep­tée. Le vote est à la fois « un droit et une liberté, une garantie et un pou­voir » conférés aux citoyens. Il est aujourd’hui inadmissible de penser la démocratie sans l’organisation d’élections, qui en sont même le symbole. Les démocraties modernes vivent au rythme d’élections qui leur donnent leur vitalité. Périodiquement, les citoyens sont invités à faire un choix. Ce vote devient un instrument de participation à la disposition des citoyens qui leur confère le pouvoir de sanctionner positivement ou négativement le mode de gestion de la Cité.

 

L’organisation d’élections réussies est un signe de vitalité démocratique

 

La force de cette démocratie représentative libérale est qu’elle fait exister les citoyens en tant qu’individus libérés des formes d’allégeances sociales et capables de faire un choix rationnel. La période électorale est donc un moment de contact et d’échange entre les citoyens et celles et ceux qui aspirent à les représenter. C’est aussi l’occasion pour les candidats de rivaliser à partir de leurs programmes et d’investir l’espace public pour convaincre les citoyens, pour confronter leurs idées, leur vision de la Cité. Les campagnes électorales sont des moments forts de discussion de la chose publique. Elles renforcent le sentiment d’appartenance nationale et forgent la citoyenneté. L’organisation d’élections réussies est perçue comme un signe de vitalité démocratique surtout quand cette élection favo­rise l’al­ternance au pouvoir. Cependant, dans plusieurs pays, surtout d’Afrique, les élections sont devenues des moments de cristallisation des identités régio­nales, ethniques ou religieuses. Elles coûtent cher en vies humaines et oc­casionnent des destructions d’édifices publics. Souvent, la transpa­rence et le respect du verdict des urnes font défaut. De ce fait, la compéti­tion po­litique devient sanglante, par consé­quent, dépouillée de tout son sens. Il faut donc analyser la démocratie au-delà des élections. Pour être vitale, la démocratie doit se sentir quotidien­nement avec une participation effective des citoyens.

 

Serge Babylas de SOUZA

babylas25@yahoo.fr

 

 

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