La marche vers l’Occident des pauvres du tiers-monde: l’invasion est inévitable.

 

 

Il y a vingt-cinq ans, l’ORTB, la chaine de télévision nationale, diffusait un téléfilm britannique sur la marche gigantesque entreprise par des milliers d’Africains voulant gagner l’Europe. Entraînée par un Mahdi, sombre et charismatique personnage, la foule traverse courageusement le Sahara, indifférente aux menaces et aux dangers de toutes sortes. En fait, elle se rend sur le vieux continent pour profiter d’un peu de ce bonheur que l’Occident, dans son arrogance habituelle, renvoie aux pays démunis et dont il pille copieusement les richesses. Le slogan utilisé d’ailleurs par le Mahdi est simple et imparable: <<ils sont riches parce que nous sommes pauvres>>.

 

Face à ce qui est perçu comme une « invasion », les Européens sont divisés sur la stratégie à adopter. Alors que certains prônent la force, d’autres proposent un arrangement à l’amiable avec le meneur. Le Madhi, justement, refuse tout compromis et conduit  » son » peuple aux portes de l’Europe. Mais à la frontière, les attendent des militaires, armés jusqu’aux dents, postés sur terre comme dans l’air, prêts à tirer dans le tas.

 

Quand je vois ce qui se passe aujourd’hui sur les bords de la Méditerranée, je pense constamment à ce film. Certes, il s’agit de vagues de migrants africains qui, sans mouvement concerté et au péril de leurs vies, se risquent sur des embarcations frêles à destination de l’Europe. Certes, il s’agit de jeunes, des bras valides, habités par la même envie de s’arracher de la gangue miséreuse dans laquelle ils avaient été enfermés dans leurs pays pour un Eldorado improbable. Mais ils n’ont pas cette discipline tactique caractéristique de la marée du film, ni cette posture politique que le Mahdi leur a insufflée. Cependant, il y a une démarche semblable dans le mouvement qu’ont déclenché, voici une dizaine de jours, les Honduriens vers les États-Unis via le Mexique. Plus de cinq mille citoyens du Honduras se sont constitués en caravane pour traverser des milliers de kilomètres, bravant intempéries, traversant cours d’eaux et défiant même les polices des frontières pour gagner l’Amérique du nord. Je suis sidéré par la capacité de cette foule à rendre commun chacun des parcours de ses membres, à rendre si transversales leurs volontés de briser les règles conventionnelles établies par les puissances institutionnelles. Ils crient leur envie d’être heureux, de bénéficier d’un petit carré de ciel, d’être des gens normaux, d’être tout simplement un peuple normal. Tous les ingrédients sont ici réunis pour que ce mouvement soit le remake réel de cette fiction tournée il y a près de vingt huit ans et qui résonne aujourd’hui comme une véritable prémonition.

 

Mais les politiques les plus lucides, les chercheurs et autres penseurs l’avaient prévu : tant que l’ordre actuel ne changera pas, tant que les peuples du sud vivront la misère sans espoir d’en être arrachés, les mêmes marées humaines viendront « polluer » les terres immaculées de l’Occident. Car, jusque-là, les pays riches pensaient pouvoir faire leurs business en paix, continuer à exploiter les richesses des nations vulnérables – avec la complicité de dirigeants locaux corrompus et prédateurs – mais le réveil des peuples qui entendent, au prix de leurs propres survies, perturber leur sommeil, semble sonner le glas de cet ordre injuste. Certes, jusqu’ici, l’Europe et l’Amérique n’ont trouvé comme solution que dans le tout sécuritaire et la répression. Mais elles auront beau se barricader, ériger des barbelés, entourer leurs territoires de soldats, le mouvement actuel ne s’arrêtera pas, bien au contraire, il s’amplifiera.

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

Donald Trump pourra toujours sonner la charge contre les Honduriens, il n’empêchera pas la moitié d’entre eux d’entrer sur son territoire. Les partis d’extrême droite européens pourraient être au pouvoir, les migrants réussiront toujours à hanter leurs sommeils. La seule manière, pour ces pays, de s’en sortir, c’est de regarder la réalité en face et d’accepter changer les paradigmes du commerce international. Ils doivent aussi accepter d’humaniser les relations avec le sud. Le monde n’est plus ce qu’il était et si nous l’avons en partage, il faut que nous ayons le vivre digne aussi en commun.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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