RD CONGO – Pressés par leurs bases respectives: F. Tshisekedi Et V. Kamerhe Se Retirent De L’accord De Genève

A Genève, sept leaders de l’opposition ont convenu de porter Martin Fayulu comme candidat unique à la présidentielle du 23 décembre 2018. Un choix, certes démocratique, mais difficilement acceptable autant à l’UDPS qu’à l’UNC. Sous la pression de leurs bases respectives, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont récusé leurs signatures et, par conséquent, quittent l’accord de Genève. L’opinion se perd en conjectures au sujet de ce coup dur administré à l’opposition, obligée désormais de se présenter en ordre dispersé face au candidat du FCC.

 

 

Coup de tonnerre à l’UDPS ! Félix Tshisekedi (Fatshi), son président, l’un de sept signataires de l’accord politique de Genève désignant Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition, vient de retirer sa signature. Suivi juste après par Vital Kamerhe de l’UNC.

C’est à Top Congo, radio émettant depuis Kinshasa, que les deux leaders ont réservé la primeur de l’information. Ils disent avoir obéi à leurs bases respectives, lesquelles se montrent opposées aux options levées dans l’accord de Genève.

24 heures après la signature de l’accord de Genève, la permanence de l’UDPS a connu une ambiance inhabituelle. Lundi matin, des combattants – comme on aime bien désigner les partisans de l’UDPS, ont pris d’assaut le QG pour marquer leur désapprobation aux options consignées dans l’accord de Genève. Des pneus et des effigies de Fatshi brulés ont orné ce spectacle. Un communiqué signé à l’issue d’une réunion extraordinaire a finalement tracé le chemin que l’UDPS entend emprunter aux élections de décembre prochain. Dans le même document, l’UDPS donne 48 heurs à son président pour retirer da signature à l’accord de Genève.

Félix Tshisekedi n’a pas attendu l’échéance. Lundi soir, sur Top Congo, Fatshi a déclaré renoncé à sa signature approuvant la désignation de Martin Fayulu comme candidat commun de l’Opposition. « Je retire ma signature au nom de l’UDPS ». Une phrase qui change tout. Qu’est-ce à dire ? Le pont est rompu.

Aux espoirs suscités dimanche à partir de Genève succède désormais un trou noir dont personne ne maitrise l’issue. Le départ de Fatshi de l’accord de Genève a eu l’effet d’une bombe. En retirant sa signature, Félix Tshisekedi assène un coup fatal à un accord négocié pendant trois sous l’égide de la Fondation Koffi Annan.

Sur Top Congo, Fatshi s’est longuement attardé à expliquer son rétropédalage. « La base de l’UDPS est le moteur de notre parti. Je ne peux pas me permettre d’aller en contre-sens de ma base. Ça serait signer ma mort politique », a-t-il déclaré d’une voix chargée.

Dans la foulée, il s’est mis sur la défensive. « Je suis allé à Genève avec la bénédiction de la base. L’acte de Genève n’a pas été compris. J’assume. Je retire ma signature de cet accord que nous avons signé à Genève. Un parti politique, c’est d’abord sa base. On ne peut se dire leader sans l’adhésion de la base de l’UDPS », s’est défendu Fatshi.

Comment entend-il gérer ses rapports avec les leaders politiques signataires de l’accord de Genève ? Désemparé, Fatshi sollicite juste leur indulgence. « J’espère que les amis vont me comprendre. J’assume pleinement toutes les conséquences qui en découleront », s’est-il limité à indiquer.

En réalité, l’UDPS ira seule aux élections de décembre prochain – avant ou sans machine à voter. La base a tranché, Fatshi s’est plié : « Qu’elle (Ndlr : la base de l’UDPS) se mobilise pour entamer avec moi la campagne électorale ».

En claquant la porte à l’accord de Genève, Félix Tshisekedi n’exclut pas de nouvelles alliances. « L’UDPS ira seule ou avec les gens qui voudront bien la suivre », laisse-t-entendre, entretemps.

 

Virage à 180 degrés

 

Il faut dire qu’à l’espace de 24 heures, Félix Tshisekedi a fait un virage spectaculaire. Dimanche soir, juste après la signature de l’accord qui désignait Martin Fayulu, le président de l’UDPS s’était montré conciliant, tout en promettant de convaincre sa base à adhérer aux options clairement levées dans cet accord.

« Je vais les convaincre. Ils doivent être d’accord. Il n’y a rien à faire. Nous voulons le changement et le changement passe par le soutien à la candidature de Martin Fayulu. S’ils veulent la continuité de la Kabilie, ils feront d’autres choix. Moi, je vote pour le changement et le changement aujourd’hui s’appelle Martin Fayulu », avait rassuré Fatshi à la conférence de presse organisée à Genève à la suite de la signature de cet accord.

A l’issue de la procédure de désignation, Fatshi avait promis de jouer franc jeu.

« Je suis démocrate avant tout, je m’incline. Je sais que ça va être très dur pour la base de l’UDPS, mais nous avons accepté ce jeu de la désignation du candidat commun, nous devons le jouer jusqu’au bout », confiait Félix Tshisekedi.
Par la suite, il a posté deux tweets allant dans le sens de l’apaisement vis-à-vis de la base de l’UDPS. Le premier rappelait qu’« en 36 ans de lutte pour l’UDPS, l’objectif n’était pas la présidence mais plutôt de ramener l’état de droit, la démocratie ainsi que le progrès social à travers des actions. C’est pour cette raison qu’on s’appelle UDPS. N’oubliez pas ça ! ». Le deuxième, plus engagé, réaffirmait son soutien à la candidature de Martin Fayulu. « Soutenons tous l’honorable Martin Fayulu pour la magistrature suprême. L’intérêt du pays doit se placer au-dessus de toutes nos divergences et opinions ». Quid ? Inconstance politique ou les effets d’une pression au-delà de sa base ?

La base de l’UDPS prétend ne pas se retrouver dans les engagements pris par son président à Genève. Sur Top Congo,

Félix Tshisekedi l’a reconnu. « L’acte posé à Genève a été mal compris par ma base ». Sa signature, dit-il, « n’a été pas une initiative personnelle », mais elle traduit plutôt « la volonté de la base » de qui il avait reçu mandat de siéger aux discussions de Genève.

 

Kamerhe emboite le pas à Fatshi

 

Tous ont pris le soin d’interagir sur Top Congo. Juste après Félix Tshisekedi, c’était le tour de Vital Kamerhe, président de l’UNC, de se retirer également de l’accord de Genève.

A l’instar de Fatshi, Kamerhe a dû également capituler face à la pression de sa base. « J’annonce donc que je retire ma signature pour respecter la volonté de ma base. Sans cette base, je vais m’auto-flageller et vais moi-même m’auto-exclure du parti », a indiqué Kamerhe, repris par Top Congo.

Pour l’instant, le président de l’UNC exclut tout rapprochement avec l’UDPS.

Il promet de se référer à la direction politique de son parti pour lever une option définitive en rapport avec les scrutins de décembre prochain.

 

La capitulation

 

Il faut reconnaitre que, juste après la conclusion de l’accord de Genève, les bases de l’UDPS et de l’UNC se sont déclarées aussitôt non concernées. Elles ont crié à la trahison. Laquelle ? Difficile à dire pour l’instant.

A l’UDPS, le secrétaire général Augustin Kabuya, s’est voulu tranchant : « Nous ne nous sommes pas battus pendant 36 ans pour avoir un candidat commun.

Personnellement, je n’ai jamais été d’accord avec cette histoire (la candidature commune). Et aujourd’hui, tout le monde m’appelle pour me dire que j’avais raison. Nous ne pouvons pas désavouer les conclusions de notre Congrès ». Après la volte-face de Fatshi, Augustin Kabuya n’a pas caché sa joie : « C’est une décision responsable. Il a suivi la voie de la base ».

Adolphe Muzito, l’un des signataires de l’accord de Genève, a également regretté l’acte posé par Félix Tshisekedi. Sur Top Congo, le leader de Nouvel an a eu du mal à se retenir : « Félix Tshisekedi a assumé sa responsabilité de signer et il se retire. Même si ce n’est pas à moi de juger son acte, je pense que le parti devrait accepter sa décision prise en son nom. Maintenant, on peut comprendre la colère des militants que Félix Tshisekedi n’ai pas été désigné candidat commun de l’opposition, c’est la démocratie (…) Mais, ce n’est pas à moi de juger la ligne politique du président de l’UDPS ».

 

Par Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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