MUSIQUE – SAGBOHAN DANIALOU: Un soleil qui ne se couche jamais

 

« À huit ans, quand un tonton nous a demandé — à mes amis et à moi-même — ce que nous embrasserions comme carrière, j’ai spontanément affirmé que j’allais devenir chanteur. Alors que tous voulaient être médecin, agronome, pharmacien, avocat, j’étais convaincu, moi, qu’il n’y aurait de place pour moi que dans les arts. Je disais qu’il fallait que je chante pour servir mon pays ».

 

Dans les coulisses de la scène de l’Institut français ce soir du 26 octobre 2018, Sagbohan Danialou, après son concert, me racontait sa passion pour la scène. Il avait, comme de coutume, fait vibrer le public, il lui avait arraché les émotions que seul un artiste de son envergure sait provoquer chez les mélomanes. Percussionniste de génie, guitariste méticuleux, compositeur-né, chanteur adulé, il porte en lui l’héritage d’une culture séculaire riche de tous les brassages, de toutes les sources, de toutes les diversités, avec, comme substrat inaltérable, le vodou. « J’ai toujours eu l’impression que je suis né pour ça, poursuivit-il. C’est mon sacerdoce et je vais le remplir jusqu’au dernier jour avec la même conviction, le même plaisir>>.

Sagbohan Danialou

 

Depuis plus de quarante que ses morceaux rythment la vie et le quotidien des Béninois, je me suis toujours demandé si c’est lui qui habite la musique ou c’est finalement la musique qui l’habite. Les deux forment une paire si fusionnelle qu’on a toujours l’impression que l’un ne peut exister sans l’autre. De la salsa cubaine, il en a fait un « agosar » à lui (Tafè yontomè) Du kaka traditionnel, il en a adopté une version urbaine (très impoli). Selon l’inspiration, il peut faire appel au high life ghanéen (zemihen) comme il peut surfer sur le rythme jazzy (sehi). Homme de toutes les époques, ouvert aux expressions musicales les plus diverses, il a influencé la musique béninoise moderne et suscité, chez des générations de musiciens, le style « hagbé ». À un français qui ne le connaissait pas et qui voulait en savoir sur lui, je lui ai simplement dit: « c’est notre Johnny Halliday à nous »…

Florent Couao-Zotti, écrivain.

 

À bientôt soixante-dix ans, l’auteur de  » a monde hou dou » (son anniversaire est pour le 11 décembre prochain) ne rejette plus l’idée de sortir son énième opus. L’occasion pour que le soleil, ce soleil qui nous illumine depuis si longtemps, rayonne encore d’une étincelle supplémentaire.

 
Florent COUAO-ZOTTI

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