“Le Sénégal au cœur”: De l’originalité ou de l’absence de créativité? (Par Alioune Seck)

Qui comprend un Cheikh Yérim Seck se convertir en un franc défenseur de Macky Sall, cherchant à trouver réponse à toutes les questions, critiques et remarques adressées à celui qui ressemble  à son nouveau mentor? Ainsi est-il est apparu dans la dernière émission de Faram Facc, devenant un Sainte Beuve moderne de la critique allégorico-historique, trouvant événements et allusions dans le livre livre à de réels événements qui se seraient passés dans la vie de l’auteur. Depuis quand est-il devenu le confident de Niangal le laxiste républicain et de sa femme Marème Faye Sall?

 

 

Heureusement, en face de lui, il y’avait Omar Seck Ndiaye qui a insidieusement fait pièces à toutes ces roueries et contorsions intellectualo-journalistiques, dont le seul dessein était de vendre l’image du Président Sall, à travers une pseudo analyse aseptisée du livre, pensant chloroformer son vis à vis du moment. Mal lui en a pris, car Omar à force d’arguments, sans insolence rhétorique ou acharnement a montré toutes les facettes démagogiques de ce livre qui fait miroiter un personnage de conte dumassien, tant l’écart est grand entre le Macky du livre et le politicien au pouvoir saccageant toutes les valeurs et désinstitutionalisant tous azimuts  les organes de vigilance démocratique, transformant le Sénégal en une grande bananeraie républicaine.

 

L’actualité politique lointaine ou immédiate montre que Macky Sall a défait tous les acquis factuels et consensuels qui ont permis de réaliser deux alternances sans anicroches, saluées par l’opinion démocratique nationale et internationale. Comment peut-on regarder les sénégalais et leur dire que leur président qui joue” la comédie politique” est dans son vrai rôle, et qu’il est normal d’accepter qu’il puisse user de tous les machiavélismes pour garder son pouvoir? L’expression “comédie politique “ apparait ici comme un euphémisme criminel, il suffit de regarder la violation quotidienne des textes législatifs et institutionnels.

 

Qui ne sait pas qu’il y’a osmose des trois pouvoirs entre les seules mains du Président? Qui ne sait pas que la justice est couchée au point de rentrer sous terre? Elle est devenue une serpillère sur laquelle Macky Sall essuie tous les jours ses dérives antipatriotiques et ses reniements, réalise ses desseins claniques et patrimonialistes, emprisonne, exile et taillade ses adversaires politiques. La dernière en date, toute fumante encore nous fait frémir de honte et de peur. Toute la confusion qui a accompagné le dépôt des candidatures et des parrainages n’augure rien de bon. Lorsque les derniers deviennent par force les premiers à s’enrôler avec la complicité de l’arbitre constitutionnel des prochaines joutes électorales, il y a de quoi avoir peur. Où est la place de l’éthique dans cette gouvernance « comique », farfelue et ubuesque à souhait?

 

Alors une hypothèse s’impose, celle de croire que les services de CYS sont loués pour défendre Macky Sall; puisque nous savons que les intellectuels du bord du pouvoir sont tout le temps écrasés et chahutés dans les débats, médias et plateaux de télés. Peut-être que conscient de cette gangrène, de l’absence de débatteurs et d’idéologues à la gnaque pugnace et redoutable, Macky a décidé de recourir aux services de ce journaliste et analyste politique respectable jusque-là. Mais si c’est le jeu auquel se prête CYS, il joue gros car le degré d’impopularité de Macky et ses vieillards affidés est irréparable et aucune démagogie médiatique ne saura le sauver.

Depuis peu, les sorties du boss de Yérimpost sont suivies et commentées avec attention par le peuple, et aucune concession ne lui sera faite. Car depuis sa prestation dans “Tout est là”, avec le fumiste Tounkara qui a fini de retourner sa veste et de vendre son âme au diable nous faisons attention à sa nouvelle ligne éditoriale.

 

Nous ne sommes pas surpris par l’avènement d’un Macky Sall écrivain, car il n’est pas extraordinaire que quelqu’un fasse son autobiographie. On peut ressasser les faits saillants de sa vie, les confier à un maitre de langue qui se charge de la narration et de la rédaction. Par contre ce qui surprend, c’est pourquoi un livre en ce moment? Quelles en sont les motivations inavouées à quelques encablures des élections qui seront, à coup sûr les plus disputées de l’histoire électorale du Sénégal? Pourquoi sa vie privée doit-elle nous intéresser plus que le bilan de son septennat acquis sur fond de reniement de sa promesse cardinale?

 

Sous ce rapport la parution du livre apparaît comme une grosse opération de diversion. Au moins ce livre confirme une chose, les prédispositions à la triche et au truandage. Pourquoi ceux qui ont écrit ce livre sont-ils si paresseux au point d’aller singer des titres de livres, qui en série reconduisent un même avatar titrologique, c’est à dire un même syntagme sur fond de variation du pays? L’Italie, l’Amérique, la France, l’Algérie…au cœur. C’est juste le réflexe du tricheur ou du manque d’assurance, cette tendance à se laisser subjuguer par l’assurance d’avoir reproduit le déjà-la.

 

Ce manque d’originalité, cette propension à se faire patronner, à n’être sûr de soi qu’avec les idées des autres, est ce que l’on appelle complexe de subordination. En choisissant un titre aussi galvaudé et rabâché que celui-là, on croyait nous envoûter avec la magie d’un titre qui a fait succès ailleurs. C’est quand même triste de fuir l’originalité pour se satisfaire de la banalité et de l’imitation servile, le mimétisme au lieu de la créativité car incapable de mimésis. Oui, cette dernière est une imitation qui embellit le premier modèle, donc requiert du génie. Où sont l’amour de l’originalité et de la confiance en soi, l’exaltation de l’amour propre, le désir d’universalité qui sont la marque des grands auteurs et qui poussent à fuir les sentiers battus, à faire la battue des titres susceptibles de porter ombrage ou de faire planer un soupçon de plagiat?

D’autant plus que ce livre n’est pas un essai dans le sens générique ou géologique du terme. C’est un récit, un genre narrataire hybride à mi-chemin entre l’autobiographie, la romance, l’argumentation indirecte, le pamphlet et la satire. Idrissa Seck et le Président Wade y ont été vitriolés. On n’est pas loin de croire que ce livre et son titre ont été écrits et suggérés par des écrivains professionnels nichant dans les grandes maisons d’édition.

 

Dans tous les cas, ce livre fait montre d’une dimension offensive qui transpose l’affrontement politique dans un registre plus ou moins élitiste, empêchant à ses adversaires qui ne peuvent en faire autant d’être battus d’une longueur d’avance dans la bataille de l’information. Celle-ci peut être fatale  si la réception du livre est calculée, orientée de façon tendancieuse comme s’y prête la période.  A ce niveau on peut faire feu de tout bois, même la désinformation ou la calomnie qui est des formes méchantes de l’adversité peuvent y trouver fortune, Tant que l’adversaire n’aura usé du même support de communication pour riposter. C’est pourquoi, attendons-nous à des ripostes qui certainement ne sauraient tarder.

 

ALIOUNE SECK

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

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