MALI: La lutte contre la corruption mérite mieux que du folklore

Une campagne nationale de lutte contre la corruption a été lancée la semaine dernière au Mali. Il y a quatre ans, c’était une année entière qui y était dédiée. Deux événements, des faits similaires: cérémonies en grande pompe sous les caméras, des déclarations dans du « gros français » qu’ils sont les seuls à comprendre et surtout une inefficacité criarde.

 

 

Du folklore ! Parce qu’au même moment, les mesures initiées qui peuvent porter  fruits sont mises volontairement de côté pour ne pas vexer de fonctionnaires véreux. Les rapports du Vérificateur général dorment dans les tiroirs. On en oublie même leur existence. Au point de se poser des questions sur la nécessité d’un tel bureau dans un pays comme le Mali.

 

A propos des rapports du BVG, on remarquera qu’entre 2004 et 2017, les irrégularités financières constatées s’élèvent à 741, 43 milliards FCFA. Évidemment, cette somme, même colossale, n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de la corruption où baignent les délinquants à col blanc. A l’office central de lutte contre l’enrichissement illicite, on estime que ces 700 milliards sont l’équivalent de 4.500 Km de route bitumée en raison de 150 millions FCFA par kilomètre (trois fois le trajet Bamako-Gao où les Maliens sont obligés de traverser deux pays de la sous-région pour se rendre); 12 300 centres de santé en raison de 60 millions FCFA par centre où encore 160 000 salles de classe.

 

Que dire de l’Office national de lutte contre l’enrichissement illicite ? Ce bureau avait intimé à tous les fonctionnaires de déclarer leurs biens sous peine « être révoqué de ses fonctions et d’être interdit d’exercer les fonctions d’assujetti pendant cinq ans ». Les biens, une fois déclarés, devraient ensuite faire l’objet d’une enquête pour vérifier leur origine. Et plus loin, la loi prévoit jusqu’à cinq ans de prison, plus saisie de biens pour les fonctionnaires reconnus corrompus. Mais ce fut une initiative de plus. A la surprise générale, ce sont les fonctionnaires eux-mêmes qui ont mis la pression et tordre le bras aux autorités pour ranger le texte de côté. L’argument principal: « cette loi créera des jaloux et d’ailleurs le président de la République lui-même n’a jamais déclaré ses biens solennellement » comme l’exige la Constitution malienne.

 

Pour ne citer que ces deux cas, voilà de vrais outils pour lutter contre la délinquance financière qu’il faut encourager. Ce ne sont pas les campagnes absurdes de deux ou trois jours qui feront reculer ce phénomène, mais bien la lutte contre l’impunité avec notamment la rigueur de la loi. Dieu seul sait combien il en existe en la matière !

 

La Rédaction

 

 

Maliweb.net (Mali)

 

 

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