BENIN – La main tendue de Talon à l’opposition : une main à prendre ou à couper?

 

 

Lundi dernier, le chef de l’État s’est prêté à l’exercice qu’on attendait de lui depuis les violences post-électorales. Son ton, plutôt grave, a planté le décor qu’il fallait, solennel et bien à propos, surtout que le peuple qui l’a porté aux nues et au nom duquel il exerce sa souveraineté, réclamait son intervention.

Il est un élément que tout dirigeant, quand il s’adresse à son peuple, doit intégrer s’il veut rester son leader au sens noble du terme : sa capacité à l’émouvoir, à lui communiquer ses sentiments. C’est une dramaturgie qu’il importe de mettre en scène avec, certes, les mots les plus simples, mais bien choisis avec la méticulosité d’un esthète des mots. Car, il ne s’agit pas, pour lui, de plaire à ceux qui sont déjà avec lui et qui, quoi qu’il fasse, continueront de trouver en lui leur champion. Mais il est question de séduire et de reconquérir – s’il le faut – les déçus de sa politique, déception qui s’est, au surplus, manifestée dans les urnes.

Au contraire de ce qu’on attendait, Patrice Talon est resté l’homme d’un seul camp en jetant à nouveau le tort à l’opposition, en reprenant le discours que sa majorité avait toujours tenu avant les élections. D’ailleurs, le fait de ne pas avoir salué la mémoire de ceux qui sont morts, ceux sur qui l’armée a tirés à balles réelles, reste, pour nombre de Béninois, surprenant. Or, exprimer sa compassion, aurait pu, sans soulager les familles éplorées de la mort de leurs parents, apporter quelque réconfort. C’est dans ces genres de situations que le premier citoyen de la nation doit montrer qu’il a un coeur. Un coeur qui bat et qui sait s’émouvoir et se mettre au diapason. Mais une posture contraire, au lieu de rassurer, n’aura que des effets multiplicateurs: nourrir les sentiments de frustrations et braquer les gens qui, dès lors, constateront qu’il y a indifférence, voire mépris à leurs égards, face à leurs souffrances.

Mais l’autre volet qu’il faut considérer, c’est cette main tendue à l’opposition. Le président a proposé, sans avoir défini un calendrier, des assises étendues à l’opposition politique pour apurer la loi électorale des scories et des incongruités qui nuisent à son application.

Une telle proposition induit de fait une reconnaissance formelle: la scélératesse des dispositions querellées. Le chef de l’État donnerait ainsi raison à l’opposition qui n’avait de cesse, avant les élections, de dénoncer ces lois truffées de petits meurtres certes, mais couronnées par la Cour Constitutionnelle du fameux quitus. À cette proposition, la réponse du Conseil National de la Résistance ne m’a pas surpris. Par la voix de son porte-parole, Éric Houndété, ils ont rejeté cette main tendue estimant que, plus d’une fois déjà, ils ont été roulés dans la farine et qu’en aucune façon, ils ne peuvent faire confiance à un homme qui a, à plusieurs occasions, administré sa « mauvaise foi ».

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

Cette réaction, si elle paraît légitime, ne me semble pas la plus inspirée. Car, il aurait été plus pertinent de prendre encore une fois au mot le Président de la République. Il s’agit d’accepter d’aller à ce dialogue et de montrer sa disponibilité entière à toiletter le code électorale miné afin de travailler à le rendre applicable. Bien sûr qu’en s’y prêtant, on valide par la même occasion l’élection des quatre-vingt-trois députés considérés, selon eux, comme « illégitimes ». Une telle approche mettra l’ensemble de l’opposition en porte à faux avec sa logique, celle qui impose que les élections soient reprises avec les partis de l’opposition. C’est ce qu’on appelle l’incommunicabilité et, en français facile, un dialogue de sourds.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

 

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