BENIN – Entraves à la reconnaissance des partis politiques: l’Exécutif dans le dilatoire

Au Bénin de la rupture, les jours passent et se ressemblent pour les partis politiques de l’opposition. Dans leur légitime quête de reconnaissance légale, ces partis politiques, malgré toutes les formalités administratives qu’ils estiment avoir remplies, se trouvent toujours confrontés à un désir manifeste du pouvoir de les recaler. Passe encore si les moyens utilisés à cet effet par l’exécutif recouvraient l’approbation de tous. Il n’en est rien. Dans cette volonté affichée de réduire l’opposition à néant, le pouvoir en place ne puise ses sources d’inspiration que dans le dilatoire.

 

 

« Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. »Voilà une sagesse à laquelle s’est abonné le gouvernement de la rupture quant à la reconnaissance légale des partis de l’opposition, conformément à la nouvelle charte des partis politiques en république du Bénin. Alors que ces formations politiques clament sous tous les toits avoir rempli toutes les conditions exigées et exigibles par la loi N° 2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en république du Bénin,  le gouvernement de la rupture ne se décide point à leur concéder ce statut juridique en vertu duquel ces formations politiques devraient légalement animer la vie politique nationale et partant, donner le change à une gestion du reste fortement décriée par ces partis politiques de l’opposition.

 

Souvenons-nous. Au lendemain du lancement du processus électoral au terme duquel la septième législature-à bilan chaotique, catastrophique et désastreux-  devrait connaitre son renouvellement, le pouvoir du nouveau départ, aidé par les autres institutions de la république-toutes les autres institutions devant constitutionnellement  servir de contre-pouvoir, s’était surpassé à dégoter des arguments à effet de barrer le chemin à ces partis politiques de l’opposition à la course aux législatives du 28 avril 2019. La Force cauris pour un Bénin émergent, FCBE, de l’ancien président de la république, Boni Yayi, l’Union sociale libérale, USL, du roi de la volaille, Sébastien Ajavon, Restaurer l’Espoir, R E du remuant Candide Azannaï, le Parti communiste du Bénin, PCB, pour ne citer que ceux-là, avaient été, ni plus ni moins, disqualifiés par la Commission électorale nationale autonome, CENA, organe constitutionnellement investi à l’organisation du scrutin du 28 avril 2019. Motif évoqué, défaut du certificat de conformité. Document insidieusement glissé par la Cour constitutionnelle de Joseph Djogbénou parmi les pièces constitutives du dossier de candidature, alors que le processus électoral était longtemps engagé. Or, au même moment, les griefs faits par la Cena aux partis politiques de l’opposition et qui ont œuvré à leur élimination étaient valables pour les deux blocs créés par le chef de l’Etat, en l’occurrence, le l’Union progressiste, UP, et le Bloc républicain, BR. Pourtant, ces deux partis politiques du chef de l’Etat furent admis à prendre part aux consultations législatives d’avril 2019. Ils furent d’ailleurs les deux seules formations politiques à participer à ce scrutin insipide et falot du 28 avril dernier.

 

Et pour justifier ce que d’aucuns avaient considéré comme une politique de « deux poids deux mesures » de la Céna, Emmanuel Tiando, président de l’institution en charge de l’organisation du scrutin, a sorti sa fameuse théorie de « fautes légères ». Evidemment, la formule du prof d’histoire n’a convaincu personne. Et comme l’élimination des partis politiques du scrutin paraissaient trop gros pour manquer d’attirer l’attention de la communauté internationale, le chef de l’Etat, Patrice Talon, publiquement et officiellement, instruit le président de l’Assemblée nationale d’alors, Me Adrien Houngbédji, lui aussi éliminé de la course, à engager des discussions avec les partis politiques concernés aux fins d’une solution devant aboutir à l’organisation d’une consultation ouverte à tous les partis politiques désireux d’y participer.

 

De la recherche de solution au dilatoire

 

La recherche de solution entamée par le patron du Législatif, sur instruction du chef de l’Exécutif, révéla au grand jour le jeu trouble auquel se livrait le pouvoir de la rupture par le truchement de certains députés estampillés Bloc pour la majorité parlementaire. On comprit plus tard qu’à la vérité, l’exclusion des partis politiques de l’opposition du scrutin d’avril 2019 était programmée, planifiée et méticuleusement mise en application depuis des lustres.. Tout le reste relevait du cinéma, donc du dilatoire.

Le scrutin eut lieu. A l’arrivée, un parlement unipolaire, unicolore, avec 83 députés tous engagés en faveur de la rupture, du nouveau départ et patati et patata. Une telle forfaiture-c ‘en est véritablement une- ne saurait prospérer dans un pays jusqu’alors perçu comme un modèle de démocratie. La communauté internationale s’émeut. Toute honte bue, le gouvernement s’engage à colmater les brèches. Ceci passe d’abord par la réhabilitation des partis politiques de l’opposition devenus, aux yeux du pouvoir en place, illégaux.

 

Une fois encore, le chef de l’Etat monte au créneau. Ce scrutin était complètement dénué de l’élégance dont s’est toujours targué le compétiteur né dans les faits et gestes à lui attribués. Patrice Talon convoque au palais de la Marina les responsables des partis gauchement et cyniquement exclus du scrutin du 28 avril 2019. Attentes visées, œuvrer à délivrer aux partis concernés le fameux certificat de conformité. On était le 15 juillet.72 heures après, les dirigeants des partis identifiés devraient se rendre au ministère de l’intérieur pour y rencontrer le maitre des lieux, Sacca Lafia, lui-même. Aussitôt dit, aussitôt fait.

 

Dans l’entendement général, cette rencontre des dirigeants des partis politiques de l’opposition devrait aboutir à la délivrance auxdits partis du certificat de conformité. A la surprise générale, Sacca Lafia, qui en a certainement d’autres dans son sac, rabattit une nouvelle carte. Les partis conviés sont carrément appelés à procéder à une nouvelle création de leur formation politique. Pardi ! Mais on est où là ? Comme disent nos amis les Ivoiriens. En en perd son latin. Juridiquement, l’injonction de Sacca Lafia ne répond à rien. Politiquement, la requête obéit juste à une volonté à présent claire visant à enterrer les traditionnels partis politiques officiellement opposés à la gouvernance de la rupture.

Les responsables des partis politiques, pas dupes, dénoncent la supercherie. Ils refusent de se plier aux nouvelles exigences du ministre de l’intérieur. Ils montrent du muscle et jurent de tenir tête au gouvernement. Ce dernier reste imperturbable. Et le dilatoire a beau jeu. Il continue. Allègrement.

 

Vincent Mètonnou. 

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

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