BENIN – Hommes d’affaires et créateurs de richesse au Bénin: Sous les tirs de la Rupture

Ils ont nom Sébastien Germain Ajavon, Martin Rodriguez, Jean-Baptiste Satchivi, Samuel Dossou Aworet, pour ne citer que les plus connus. Dénominateur commun, ils sont, tous, hommes d’affaires, ou opérateurs économiques, c’est-à-dire, les producteurs de la richesse nationale, ou encore simplement les créateurs d’emplois. Seulement, depuis l’avènement du régime de la rupture, ces hommes connaissent des fortunes diverses. Si le premier tient encore le coup-sans doute grâce à la puissance de son empire, les autres s’enfoncent dans la boue de l’oubli. Pourquoi le régime du nouveau départ ne protège-t-il pas les hommes d’affaires nationaux ?

 

 

« Il est dangereux de confier le pouvoir politique à un homme qui détient déjà le pouvoir économique », préviennent les observateurs politiques les plus avertis du paysage africain. Pour avoir méconnu ou banalisé ce qui s’imposait pourtant comme un postulat, les Béninois doivent-il se mordre les doigts ? Peut-être, pour d’autres, certainement pour les hommes d’affaires. En effet, ces derniers ne sont visiblement pas les bienvenus au soleil de la rupture. Depuis l’avènement de ce régime, les hommes d’affaires les plus célèbres connus des Béninois ont amorcé ou amorcent un déclin préjudiciable à l’économie du pays.

 

Or, aucune nation au monde ne s’est développée sans la participation ou la contribution des partenaires, c’est à dire les investisseurs nationaux d’abord, étrangers ensuite. D’ailleurs, c’est connu. Ce sont ces investisseurs qui font l’économie. Et lorsque l’économie se porte bien, le pays se porte bien. Pour le plein épanouissement des populations qui, dans un tel contexte, parviennent à satisfaire tout au moins leurs besoins fondamentaux. L’ère de l’Etat providence est longtemps révolue. Le nouveau départ ne déroge pas à cette réalité. C’est dire que sans les investisseurs privés nationaux et étrangers, aucune croissance économique n’est possible. Ici ou ailleurs. C’est justement pour cette raison que sous d’autres cieux où l’on parle de macroéconomie en termes professionnels, l’Etat fait la part belle aux investisseurs, aussi bien nationaux qu’étrangers, du reste considérés comme des partenaires privilégiés.

 

En somme, sous d’autres cieux, les opérateurs économiques nationaux sont protégés et favorisés dans le cadre de la conduite de leurs affaires. Mieux, ils appuient le gouvernement quant au volet économique de son programme. Aussi, sont-ils toujours impliqués à l’occasion des voyages officiels de travail du chef de l’Etat. Il en est ainsi dans la plupart des pays modernes, notamment à régime libéral comme le Bénin. Rares sont les déplacements officiels des présidents nigérians qui s’effectuent sans l’homme le plus riche du pays, Aliko Dangoté. Au Togo, Gervais Koffi Djondo, président du conseil d’administration de la compagnie Asky, cofondateur de Ecobank, donc puissant homme d’affaires, reste et demeure dans les bonnes grâces du gouvernement. On pourrait multiplier les exemples.

Curieusement, au Bénin du nouveau départ, les hommes d’affaires réputés avant l’avènement du pouvoir du nouveau départ chutent dans leurs affaires, ou désertent simplement le pays au profit d’autres nations dont ils font les beaux jours.

 

Ajavon, Rodriguez, Satchivi, Aworet…

 

S’il est un homme d’affaires dont le Bénin a grandement besoin au regard de sa surface financière, urbi et orbi, c’est bien l’ancien PDG du groupe Comon, Sébastien Germain Ajavon. Déjà prophète chez lui avant l’avènement de la rupture, celui qui devint président d’honneur de l’Union sociale libérale-USL- occupa pendant longtemps l’honorifique place de meilleur contributeur fiscal du pays. Homme d’affaires connu au-delà des frontières nationales, et pas seulement en Afrique, Sébastien Germain Ajavon, depuis l’installation de Patrice Talon au palais de la Marina-non sans le précieux concours du roi de la volaille- dut s’exiler pour échapper à une condamnation injuste à maints égards. Réhabilité par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, l’ex PDG de Cajaf-Comon alimente à coups de milliards les caisses publiques d’autres pays, sans occulter le volet social de l’implantation de ses entreprises dans ces pays. Au Ghana, tapis rouge lui est déroulé à chacune de ses descentes dans le pays de N’krumah. Ce n’est certainement pour amuser la galerie que le porte-parole de la FCBE, Nourénou Atchadé, pense, affirme et soutient qu’on ne saurait parler de dialogue national sans le président d’honneur de l’USL. Vision antithétique à celle de la rupture qui considère Sébastien Germain Ajavon comme persona non grata.

 

L’autre homme d’affaire dont le Bénin pouvait profiter de sa contribution fiscale, c’est bien Martin Rodriguez. Personnage discret, mais efficace en affaires, Martin Rodriguez a désormais choisi installer son quartier chez Houphouët Boigny. Non pas de son propre gré.  Principal adversaire de Patrice Talon dans le monde des affaires au Bénin,notamment dans le secteur du coton-domaine de prédilection de Patrice Talon-Martin Rodriguez soutient avoir « tout perdu » avec l’avènement du nouveau départ. Pour cause. Bénin Marina Hotel dont il était le principal actionnaire fut éjecté de son patrimoine. En novembre 2017, l’usine d’égrenage de coton du Groupe MCI de Martin Rodriguez  fut « bradée » à trois milliards, acquis par la Sodeco. Hasard ? Ladite société appartient à Patrice Talon.

 

Au total, l’Etat béninois sous la rupture ne fit rien pour promouvoir cet homme  d’affaires. Au contraire, c’est une guerre froide qui s’observe entre le chef de l’Etat et lui. Certainement au motif que Martin Rogriguez fut le premier acteur politique à déclarer officiellement et publiquement son opposition au régime du nouveau départ. Crime de lèse-majesté ? Qui sait.

 

A la liste des hommes d’affaires peu favorisés par le gouvernement béninois, on pourrait ajouter le président directeur général du groupe CPDA-Agrisatch, le sémillant Jean-Baptiste Satchivi, et le PDG du groupe Petrolin S.A, Samuel Dossou Aworet. Le premier, sans véritablement avoir maille à partir avec le gouvernement du nouveau départ, aurait dû être reconduit à son poste de président de la Chambre du Commerce et d’industrie du Bénin, CCIB.Certaines sources indiquent que le chef de l’Etat ne porte pas dans son cœur le patron de l’agroalimentaire au Bénin. Il n’y est pas obligé. Pour autant, vu la participation du groupe CDPA-Agrisatch dans le tissu économique du pays, il aurait été bienséant que Jean Baptiste Satchivi développe des relations fraternelles et amicales avec le chef de l’Exéciutif.

 

Quant au PDG de PETROLIN, Samuel Dossou Aworet , il a été partiellement dessaisi  de la réalisation du projet épine dorsale qui prend en compte la réhabilitation et l’extension du corridor ferroviaire Cotonou-Parakou-Dosso-Niamey. Au profit d’un groupe étranger. Notre patriotisme en prend un coup. Ailleurs, le pouvoir aurait facilité par tous les moyens la tâche à ce compatriote à effet de lui confier entièrement la réalisation dudit projet, à charge pour lui d’associer d’autres groupes. Ce n’est pas la démarche observée avec ce projet. Une preuve supplémentaire du peu de soutien dont bénéficient les hommes d’affaires nationaux de la part du pouvoir du nouveau départ. Pendant ce temps, le chômage des jeunes ne cesse de grimper.

 

Esmer Kakpo

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

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