BENIN – Conditions floues de restitution des corps de victimes des tueries post-électorales:Que veut-on dissimuler ?

Le tribunal de Cotonou, de sources concordantes, aurait ordonné la restitution des corps des victimes issues des émeutes survenues les 1er et 2 mai 2019 à Cadjèhoun, non loin du domicile de l’ancien chef de l’Etat, Boni Yayi. Et après ? Quels sont les résultats de l’enquête supposée menée par le juge en charge des dossiers ? Les populations n’en sauront-elles rien ? Que cherche-t-on à cacher aux populations dans ce funeste dossier ?

 

 

Combien sont-ils, ces compatriotes à passer de vie à trépas lors des douloureux événements des 1er  et 2 mai 2019 ? Qui a donné l’ordre aux forces de l’ordre d‘ouvrir le feu sur des populations civiles non armées alors présentes sur les lieux ? Apparemment, le pouvoir de la rupture ne se décide pas-du moins pas encore- à lever le voile sur les dessous macabres de ces douloureux et regrettables moments vécus par les Béninois au début du mois de mai dernier.

 

On se souvient que lors des manifestations survenues à Cadjèhoun dans la ville de Cotonou, et ce, suite aux élections législatives exclusives du 28 avril de l’année en cours,   les forces de l’ordre déployées sur les lieux avaient utilisé des armes létales qui avaient entrainé le décès des citoyens béninois. Et comme il sied à ces circonstances,  le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, Sacca Lafia, s’était dépêché d’annoncer sur les ondes de RFI que les coupables  seront détectés et sanctionnés. Selon le patron des flics au Bénin, les agents des forces de l’ordre qui ont fait usage de balles réelles dans la répression desdites manifestations « auraient agi contrairement à la consigne qui leur a été donnée ». En effet, aux dires de Sacca Lafia,   si les agents ont reçu l’ordre d’empêcher les manifestations et les actes de vandalisme, jamais il n’a été question de tirer à balle réelle sur les manifestants, surtout que ces derniers étaient des civils et n’étaient nullement armés.

 

A l’arrivée, des pertes en vies humaines furent déplorées. Tout au moins a-t-on pu dénombrer trois corps gardés au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoucou Maga de Cotonou. Parmi eux, deux hommes, dont un non encore identifié à ce jour. Comment est-ce possible ? La troisième victime de ces événements est une femme de 37 ans, bien connue des populations de Cadjèhoun. Elle fut touchée par balles au sein alors qu’elle allait chercher sa fille dans la foule, selon les témoignages recueillis sur le terrain. Les circonstances de son décès, largement diffusées sur les réseaux sociaux, avaient ému et déclenché un élan de générosité au profit de ses enfants. Sa famille n’aurait pas encore retiré sa dépouille.

 

L’homme dont le corps a été identifié était chauffeur. Il répondrait au nom de Seydou Mama Assouma. Il était âgé de 40 ans et père de six enfants. Il aurait été inhumé vendredi passé à Parakou. Ce sont, là, les informations disponibles pour l’heure sur cette tragique péripétie de l’histoire sociale et politique du régime du nouveau départ.

 

Que cherche-t-on à dissimuler ?

 

Depuis que ces tristes et regrettables événements sont survenus les 1er et 2 mai 2019, le gouvernement de la rupture se comporte comme si l’on tente de dissimuler certains faits, certaines vérités au peuple. D’abord, le premier conseil des ministres tenu juste après les événements ne révéla pas une volonté manifeste du pouvoir de la rupture de faire toute la lumière sur le dossier, notamment sur la provenance des ordres de tirer à balles réelles sur les manifestants. Le gouvernement s’est surtout appesanti sur les actes de vandalisme perpétrés à l’occasion des émeutes : « Les enquêtes sont ouvertes pour détecter les instigateurs de ces actes de vandalisme, situer les responsabilités et engager les poursuites nécessaires », pouvait-on lire dans le communiqué ayant sanctionné ce conseil des ministres du 2 mai 2019. Nulle trace des pertes en vies humaines enregistrées lors des manifestations.

 

Vivement critiqué pour cette position affichée par le gouvernement, le chef de l’Etat se devrait de corriger le tir à l’occasion de son premier message postélectoral à la nation. Il n’en fut rien. « Ma tristesse est immense et je présente ma profonde compassion aux familles éplorées. De même, j’ai une pensée affective pour les agents des Forces de Défense et de Sécurité agressés ou blessés, et je salue leur sens du devoir et du sacrifice au service de la République et pour la protection des personnes et des biens. Je n’oublie pas ceux qui ont perdu des biens de toutes natures », s’est contenté de confesser Patrice Talon dans ce message alors fortement attendu de ses concitoyens. Point besoin de faire montre du même flair que la romancière Agatha Christie pour se rendre compte que visiblement, on cherche à dissimuler des choses au peuple par rapport à cette affaire.

 

Certes, entre-temps, dans une sortie médiatique, le procureur de la république, Elonm Mario Mètonou, annonça l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces sanglantes manifestations. A cet effet, on apprit l’arrestation de 64 citoyens supposés impliqués.  Le procureur de la république porta à la connaissance du public qu’ « au fil des investigations, ce qui apparaissait au début comme un mouvement spontané s’est révélé être une action planifiée, concertée » .Soit ! Mais qui a donné l’ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants ? Sur la question, on ne sent guère le souci du gouvernement à éclairer les uns et les autres.

 

Trois mois après ces déplorables incidents, du reste jamais survenus au Bénin depuis l’avènement du renouveau démocratique, suite à l’historique conférence nationale des forces vives de février 1990, le tribunal de Cotonou ordonne la restitution des corps des victimes à leur famille. Et plus rien. Qui a tiré sur les manifestations ? Qui a ordonné d’ouvrir le feu sur les populations civiles présentes sur les lieux ? Au nom du principe de la responsabilité, qui réparera les préjudices ô énormes causés par les pertes en vies humaines ? Ces questions, dont la légitimité crève les yeux, nécessitent des réponses appropriées afin que toute la lumière se fasse sur cette ténébreuse histoire. Et plus le gouvernement fera l’impasse sur ce volet des événements, plus la suspicion deviendra épaisse quant à la volonté de cacher « des vérités » au peuple sur le dossier.

 

Selon certaines indiscrétions, le parquet aurait effectivement procédé à l’ouverture d’une information judiciaire. De même, on se serait livré à des autopsies des corps, sans oublier l’audition des représentants des familles de victimes. Tout ceci parait normal, au plan judiciaire. Et après ? Ces actions supposées enclenchées par le parquet ne nous renseignent toujours pas sur ceux qui ont ordonné les tirs à balles réelles sur des manifestants civils non armés.

 

Sous d’autres cieux, situer les responsabilités par rapport aux coupables, c’est-à-dire ceux qui ont donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants, occasionnant ainsi les pertes en vies humaines enregistrées, aurait constitué le souci majeur des autorités policières, et partant, du gouvernement. Evidemment, sous la rupture, on fait toujours les choses différemment. Hélas, pas toujours dans les règles de l’art.

 

Vincent Mètonnou  

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

 

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