BENIN-NIGERIA – Blocage des frontières terrestres du Nigeria pour 28 jours: Buhari ferme, Talon négocie

Le voisin Nigérian n’a souvent pas regardé d’un bon œil, le rôle joué par le Bénin dans l’importation ou la réimportation de certains produits dont surtout le riz. Cette denrée de grande consommation a été interdite à l’importation depuis que le pays a annoncé avoir atteint l’autosuffisance. Et pour se faire bien entendre de son voisin le Bénin, d’où transitent d’importantes quantités de riz étranger destinées à être réexportées sur le marché nigérian, les menaces de fermetures terrestres ont été de tous temps brandies, quelques fois, actées. C’est dans ce registre qu’il faut situer les dernières représailles de Nigéria qui a décidé de fermer ses frontières terrestres avec le Bénin depuis ce 19 août 2019.

 

 

En juin 2018, le ministre nigérian de l’Agriculture, Audu Ogbeh a indexé un pays frontalier qui menace l’économie nigériane du fait de ses importations massives de riz qu’il réexporte vers le Nigéria, ce qui à terme nuit à l’économie nigériane. Ce ministre dira en substance ceci : «Notre autre problème est la contrebande. Actuellement, il y a un de nos voisins qui importe du riz plus que la Chine. Pourtant, on ne consomme pas de riz étuvé dans ce pays mais du riz blanc. Ils utilisent donc leurs ports pour nuire à notre économie. Il y a donc une urgence et je le dis maintenant parce que dans quelques jours, vous entendrez que la frontière est fermée. Nous allons la fermer pour vous protéger, nous protéger et aussi protéger notre économie malgré tout ce que vous allez entendre de négatif sur les internet », a déclaré le ministre nigérian de l’Agriculture. Une allusion à peine voilée au Bénin. Dans la foulée, le Président Béninois, Patrice Talon, prend langue avec son homologue Nigérian Buhari pour dégeler la situation.

 

Talon se dit conscient de la gravité de la situation

 

Il y a un peu plus d’un an, plus précisément le mercredi 25 juillet 2018, à Abuja où il s’était rendu, le Chef de l’Etat béninois, Patrice Talon a déclaré aux côtés de son homologue ceci : « Nous sommes conscients de la manière dont la contrebande de riz affecte le développement des capacités locales dans la riziculture au Nigeria. Cela affecte négativement le commerce entre nous, et le Nigeria est un partenaire important pour un pays comme le Bénin. Mais nous n’avons pas le pouvoir de bloquer les marchandises destinées à d’autres pays, et notre pays n’est pas la destination finale du riz de contrebande. Nous devons développer une volonté commune pour faire face au problème ». Pour contrer le mal, les deux chefs d’Etat ont décidé de la création d’un Comité mixte de lutte contre la contrebande. Un autre mal pernicieux reste l’afflux d’armes légères et de munitions dans le pays, à la faveur de la contrebande, avait averti le président Buhari, ce qui  augmente le spectre de l’insécurité.

 

«Aucun pays ne peut survivre avec un voisin comme le Bénin», Aliko Dangote

 

«Aucun pays ne peut survivre avec un voisin comme le Bénin»: Aliko Dangote

 

Le samedi 8 juin 2019 à l’occasion de la «Table ronde consultative sur la croissance de la CBN», tenue à Lagos, au Nigeria, l’homme d’affaires et milliardaire Aliko Dangote profitera de cette tribune pour fustiger l’attitude du Bénin qui selon lui, favorise la contrebande vers le Nigéria ; ce qui fragilise le tissu économique de ce géant Etat de près  de 200 millions d’habitants. Jetant le pavé dans la marre béninoise, Dangoté va déclarer : «Aucun pays ne peut survivre avec un voisin comme la République du Bénin». «…Leur principal travail est de faciliter la contrebande», a ajouté l’homme d’affaires, estimant que la contrebande est un vrai obstacle aux politiques du gouvernement nigérian pour conduire l’économie vers le sentier de la croissance. «Ce qui nous tue le plus, c’est la contrebande. La contrebande est ce qui a réellement tué la plupart de nos politiques. Il avertit sentencieusement : Le plus grand défi pour l’économie du Nigeria est de mettre un terme à la contrebande organisée par le Bénin vers le Nigeria». Cotonou va accueillir très mal cette sortie de Dangoté. Même si aucune déclaration officielle n’a servi de réplique à ces propos de l’homme d’affaires Nigérian, ce n’est pas du goût des autorités béninoises.

 

Le Nigéria en représailles

 

Ce fameux ; «nous allons prendre des mesures draconiennes contre le Bénin pour éviter la contrebande » du milliardaire Ali Dangoté semble bien se dessiner en filigrane à travers les dernières mesures de fermeture des frontières décrétées depuis ce 19 août 2019.

En effet, depuis quelques heures, Le gouvernement fédéral s’est engagé dans des projets visant à fermer les frontières terrestres à l’échelle nationale dans le cadre de mesures visant à renforcer la sécurité nationale et la sécurité des citoyens et à lutter contre les activités criminelles.

Le mouvement coordonné par le Bureau du conseiller national à la sécurité (ONSA) vise, selon une source, à prévenir les activités des bandits, les migrations illégales, l’afflux d’articles prohibés et à renforcer la sécurité des communautés considérées stopper l’importation du riz qui est interdite, ces mesures, il faut le dire, concernent surtout le Bénin et notamment le port de Cotonou, véritable porte d’entrée de divers produits destinés en réalité au gigantesque marché nigérian.

 

Ces nouvelles mesures de fermetures des frontières terrestres dureront dans un premier temps, 28 jours à compter du 19 août 2019. Cette fermeture ainsi que les restrictions de mouvements, seront exécutées conjointement par tous les services de sécurité et de renseignement du gouvernement fédéral et viserait à maitriser les mouvements de personnes suspectes, allusion faite sans doute au groupes et mouvements terroristes. Les autorités fédérales ont par ailleurs envisagé dans le cadre de cette opération, mettre sous contrôle toutes les zones jusque-là non habitées le long de vastes étendues de communautés frontalières, à travers des actions concertées entre les structures des armées et des renseignements, le partage d’informations, la coordination et le soutien entre les différents services.

 

Talon court au Nigéria

 

Dès la mise en œuvre des nouvelles mesures de fermeture de la frontière Bénino-nigériane par le président Buhari, son homologue du Bénin, le président Patrice Talon serait déjà allé tôt ce mercredi à Abuja pour y rencontrer le chef de l’Etat fédéral, très connu pour son nationalisme surtout en matière économique, lui qui  a multiplié les menaces de rétorsion à l’endroit  de ses voisins et particulièrement en ce qui concerne le Bénin, relativement à certaines pratiques considérées comme frauduleuses. Quels seront les résultats des négociations entre les deux hommes, qui sont tout, sauf les meilleurs amis du monde ? Wait and see…

 

Par AtaviDjo

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

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