BENIN/Postures d’ »experts » et rôles d’intellectuels sous la Rupture …Quand tout devient possible

«Tout devient possible». C’est le titre d’une lettre ouverte signée de Victor Prudent Topanou, adressée au chef de l’Etat, Patrice Talon, à quelques encablures de la tenue des élections exclusives d’avril 2019. D’icelle, le prof de droit, dans un langage franc et direct, n’a pas caché tout le mal qu’il pensait de la position du président de la république, lequel est resté insensible à tous les appels à un scrutin ouvert. Curieusement, depuis, Victor Topanou s’affiche comme un collaborateur « précieux » du locataire du palais de la Marina. Que deviennent les convictions de cet « intellectuel » alors admiré de ses compatriotes ? Tout devient-il réellement possible sous la rupture ?

 

 

« Le régime du président Talon est un rouleau compresseur qui a atteint son summum ». Ainsi s’exprimait l’un des experts commis à effet de la reformulation technique des recommandations  retenues au dialogue politique initié par le chef de l’Etat, et tenu au palais des congrès de Cotonou  les 10,11 et 12 octobre derniers. Nommé à la surprise générale rapporteur général du dialogue politique, Victor Prudent Topanou-c’est de lui qu’il s’agit-l’ancien ministre de la justice de Boni Yayi, passe désormais comme un des collaborateurs de celui qu’il a pourtant combattu avec véhémence depuis que Patrice Talon a hérité des clés du palais de la Marina.

La dernière illustration de l’opposition irréductible de Victor Prudent Topanou au régime de la rupture réside dans cette dernière lettre ouverte adressée au chef de l’Etat début avril 2019, lettre intitulée « quand tout devient possible ».Un texte débarrassé de la langue de bois propre aux politiciens,  un courrier au ton engagé, dans lequel l’auteur en appelle à la responsabilité du président de la république quant à l’organisation d’un scrutin fermé à toutes les formations politiques de l’opposition. Cette lettre ouverte était-elle la passerelle par l’entremise de laquelle les relations entre les deux hommes se sont « normalisées » ? Beaucoup plaident pour l’affirmative.

 

Spectaculaire rapprochement

 

Nombre de nos compatriotes s’interrogent encore par rapport au spectaculaire rapprochement entre l’ancien secrétaire scientifique de la Chaire Unesco et le locataire du palais de la Marina. Certains s’en inquiètent franchement, encore incrédules du revirement politique de Victor Prudent Topanou. « Victor Topanou a-t-il vraiment trahi ? Au prix de quoi peut-il accepter de trahir son nom et ses convictions ? A-t-il vraiment trahi ses convictions ? Si c’est de convictions politiques qu’il s’agit… ?». Ces interrogations émanent d’un universitaire, collègue du rapporteur général du dialogue politique, Maximilien d’Almeida, pour ne pas le nommer. Comme nombre de Béninois, le premier secrétaire scientifique de la Chaire Unesco n’arrive pas à comprendre, encore moins admettre la nouvelle idylle entre Patrice Talon et Victor Topanou. « Pour tout dire, en acceptant de devenir rapporteur général du fameux dialogue, il (Topanou) a tout simplement prouvé que le chef de l’État l’a convaincu et a emporté son adhésion à son projet, ce qu’il n’avait pas voulu dire après sa rencontre du 27 avril dernier au Palais de la République », conclut Maximilien d’Almeida dans une opinion publiée sur la toile dans laquelle il fustigeait le nouveau rôle que s’est adjugé l’ancien Garde des sceaux avec le dialogue politique dont la mise en œuvre des recommandations conduit inéluctablement à la révision de la constitution du 11 décembre 1990. En effet, le 27 avril dernier, soit la veille des élections législatives les plus controversées de l’histoire politique et constitutionnelle du renouveau démocratique, Patrice Talon reçut Victor Topanou au palais de la présidence de la république. Suite à la lettre susmentionnée de celui que l’on considérait jusque-là comme un ardent défenseur de la liberté, et partant, de la démocratie. Au sortir de son audience avec le chef de l’Etat, Victor Topanou déclara qu’il irait voter. Se démarquant ainsi du mot d’ordre de l’opposition, le boycott pur et simple du scrutin contesté. Etait-ce l’arbre qui cachait la forêt ?

 

En effet, lorsque qu’on revisite certains passages de la fameuse lettre « Tout devient possible » on peine à expliquer la tournure que prennent les nouvelles relations entre Victor Topanou et Patrice Talon. Extraits : «…vous avez ouvert une crise absolument inopportune qui constitue la goutte d’eau qui a précipité le pays dans une situation pré-insurrectionnelle… »… «Cette crise pré-électorale que vous aviez les moyens d’éviter est absolument inopportune parce qu’elle vient en rajouter à une situation sociale déjà extrêmement morose et tendue par vos trois années de gestion des affaires publiques. En effet, en trois années de gestion, votre bilan socio-économique est difficilement défendable : vous avez déguerpi les plus fragiles ; vous avez limogé beaucoup d’autres, moins fragiles ; vous leur avez supprimé leurs primes, aux fonctionnaires. Pour les plus forts, vous les avez détruits, broyés, humiliés et jetés sur les routes de l’exil, ce même exil que vous avez connu et que vous n’avez ni aimé, ni supporté : je pense à Sébastien Germain Ajavon dont le cas est symptomatique puisque vous refusez même d’exécuter les décisions de la Cour africaine des droits de l’homme qui sont en sa faveur et qu’il a obtenues au prix de lourdes batailles  judiciaires. Et pourtant, vous définissiez si justement au cours du débat d’entre deux tours un Etat voyou comme un « Etat qui ne respecte pas les décisions de Justice ». Et ce n’est pas fini. « . Mais au lieu de cela et en plus de la conjoncture socio-économique difficile, vous avez opté pour l’ouverture d’une crise politique et électorale sans précédent en décidant d’aller aux élections législatives de 2019 avec vos seuls fidèles de l’Union progressiste et du Bloc républicain. Même les hypothèses les plus farfelues avancées par les uns et les autres pour expliquer cette crise, à savoir que vous avez conscience que dans le cas d’élections ouvertes, vous perdrez à tous les coups alors que vous auriez besoin d’une majorité confortable pour une révision opportuniste de la Constitution ne suffisent pas à m’en convaincre ». Par quelle alchimie Victor Topanou   accepte-t-il de donner sa caution à la révision de la constitution du 11 décembre 1990 en contribuant activement à la formulation technique des recommandations du dialogue politique ? Est-il désormais convaincues des options de la rupture ? Tout porte à le croire.

 

Quels modèles pour la postérité ?  

 

Tout devient-il vraiment possible   sous la rupture ? Hélas, il va  falloir se résoudre à l’accepter, à notre corps défendant. Sinon, où sont passés ces jeunes intellectuels, intrépides défenseurs des droits de l’homme sous le régime de Boni Yayi ? Que sont devenus les initiateurs des fameux « mercredis rouges » qui donnaient le tournis aux dirigeants du régime précédent ? On pense encore aux envolées lyriques d’un certain Joseph Djogbénou. On se souvient encore de la détermination d’un certain Orden   Aladatin et j’en oublie. Ceux-ci passaient pour des modèles, des acteurs politiques qui inspiraient la jeunesse. Et du jour au lendemain, plouf ! Tout changea. Tout devint possible. « On raisonne autrement dans un château que dans une chaumière ». Poignante vérité.

 

Vincent Mètonnou

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

 

A lire aussi:

 

BENIN: Nazaire Sado fait des mises au point à Louis Vlavonou

 

BENIN: Voici ce que pense le clergé catholique du dialogue politique

 

BENIN: Boni Yayi, le cauchemar du pouvoir de Patrice Talon?

 

BENIN/Énième buzz du ministre porte-parole du Gouvernement: Quand Talon « téléphone » à Yayi et tombe sur Orounla

Commentaires