SENEGAL: Adama Gaye contre-attaque promet de poursuivre l’État du Sénégal à l’étranger

Le journaliste-consultant en hydrocarbures Adama Gaye, quelques jours après la sortie de prison est sans répit. Il a repris du service. Très remonté contre la justice sénégalaise, il contre-attaque et prévoit d’attaquer l’État du Sénégal devant «les juridictions les plus puissantes du monde» pour avoir, dit-il «violer ses droits constitutionnels». Adama Gaye estime que les écrits qui lui ont valu son séjour carcéral de deux mois à Rebeuss, relèvent de ses «droits constitutionnels». Estimant être envoyé injustement en prison, M. Gaye dit «être victime de la plus grande bavure judiciaire du Sénégal» parce que les accusations sont si légères qu’il a été libéré sans «aucune explication». Pour lui, c’est une tentative de «le faire taire» mais c’est peine perdue.

 

 

«Moi je ne suis pas le genre de personne qu’on met en prison et qui va accepter qu’on passe par pertes et profits sa détention. Non, non, non ! L’État du Sénégal sera trainé devant les juridictions les plus puissantes qui soient dans  monde pour qu’il( l’État)  paie pour que plus jamais, ce genre de choses n’arrivent pas à moi ou à personne d’autre», soutient Adama. Quelle que soit la juridiction internationale qui va statuer sur son dossier l’exequatur n’est pas  ce qui lui fera renoncer   à exiger réparation à l’État du Sénégal ;

 

Admis à Rebeuss, le 29 juillet 2019 pour «offense au chef de l’Etat » et d’«atteinte à la sûreté de l’État», les quelques semaines de séjour carcéral ne  feront pas taire Adama Gaye.  Encore qu’il est convaincu d’être victime d’une injustice.  Toujours d’aplomb, le journaliste se dit prêt  à défendre la liberté d’expression que lui confère la constitution sénégalaise. A ceux qui estiment qu’il a poussé le bouchon trop loin dans l’exercice de  la liberté d’expression ou d’opinion, il répond sans ambages : «Je n’ai franchi aucun rubicond. J’ai exercé mes droits constitutionnels. Ce que vous appelez des insultes, ce n’est pas des insultes. C’est des faits, c’est l’information que j’ai donnée, de l’information qui fait mal, très dur, qui  va fouiller dans le vécu et tout ce qui est salace dans ce vécu de Macky Sall. Je l’assume. C’est mon droit, ce n’est pas interdit en démocratie», se défend Adama  dans un entretien avec  Seneplus.com. Face au journaliste  Serigne Saliou Guèye, Adama Gaye se défend de n’être pas insulteur public contrairement,  estime-t-il à cette étiquette qu’on lui colle.

 

En revanche, le président Macky Sall, dans une autre vie, aurait selon Adama Gaye fait prospérer des insulteurs qu’il a entretenus. «Je sais que Macky Sall a été le premier à entretenir dans ce pays un élevage d’insulteurs. Il a créé des journaux pour insulter les gens. Le moindre des exemples n’étant que «Il est midi » qu’il a couvé lui-même et a soutenu financièrement». Pour mémoire, «Il est Midi», a été un journal partisan qui a existé sous le magistère du président Abdoulaye Wade alors que Macky Sall était au parti démocratique sénégalais et membre du gouvernement.

«Si aujourd’hui vous commencez à entretenir ce sentiment qu’on ne doit pas écrire ou être dur avec le président ou à l’institution, c’est le début du commencement d’une réduction du périmètre de la liberté d’expression libertés. C’est très grave. C’est comme ça que toutes les dictatures sont nées. Et Je m’insurge contre cette façon de faire. Je revendique ce que j’ai écrit et je suis disposé  à refaire  la même chose et sans aucun doute».

 

Précédemment dans un entretien avec Seneweb, Adama Gaye  a soutenu que même si c’est la vie privée du chef de l’Etat il peut en parler tant que c’est les faits. D’après c’est ainsi que le sytème anglo-saxon dans lequel il est formé fonctionne. « Toutes les vérités peuvent être dites », indiquait-il. Dans la constance, il  a soutenu la même position face à l’éditorialiste Serigne Saliou Guèye qu’il est un homme responsable certes, mais  qu’il peut non seulement critiquer  le mode  de  gouvernance du président Macky Sall, mais même sa vie privée.  «Moi je suis un homme responsable. Je ne suis pas pour la licence, pour aller dans tous le sens dire n’importe quoi. Je suis pour la liberté, mais la liberté pleinement assumée. Je ne suis pas allé dans le domaine de la licence, je ne suis pas allé dans les caniveaux, j’ai donné l’information. Si Macky Sall fait des frasques sexuelles ou autre, je les écris et je les écrirai à nouveau. S’il détourne les ressources naturelles, j’écrirai cela. Que ce soit clair. Il n’est  pas question que je renonce à un poste de mon  espace de liberté. 

 

Même quand on lui rappelle que ces agissements le met  sous le coup des dispositions précises du code pénal, Adama Gaye réplique qu’il n’attendra pas, outre mesure, l’annulation de ces dispositions du code pénal pour continuer à exercer ce qu’il considère comme son droit.  D’ailleurs il estime que c’est faute de preuves que les autorités judiciaires gênées, ont été obligées de le libérer des liens de la détention.  Une raison suffisante pour lui d’exiger  réparations. «Je suis victime de la plus grande bavure judiciaire de l’histoire du Sénégal.  (…). Au bout de quelques semaines on est venu me dire vous êtes libre sans explication. J’estime que mes droits ont été violé et l’État du Sénégal doit se préparer à me les payer. Je porterai l’État du Sénégal à rendre compte et gorge.  Il n’est pas question en ce  qui me concerne de laisser passer ça parce qu’il ne faut plus que ça se répète.

 

« Une expérience carcérale fantastique »

 

Revenant sur  son séjour carcéral, Adama Gaye soutient que c’était fantastique. Occasion pour lui de s’apitoyer sur le sort de certains prisonniers qui, selon lui ,se trouvent  à  subir de longues détentions pour des fautes mineurs. Ils  restent 4 à 5 ans  de prison pour n’être condamnés en fin de compte  qu’à 8 mois de prison sans aucune forme compensation, déplore le journaliste.

 

Interrogé sur l’information selon laquelle il aurait quitté Facebook, Adama Gaye n’a pas directement répondu à la question. Il se contente d’expliquer qu’il va se soigner et prendre du repos pour réfléchir. «Je vais prendre un recul sabbatique pour passer du temps dans une grande université, me reposer et réfléchir, écrire et peut-être revenir. Le besoin de prendre du recul est là, c’est nécessaire, parce qu’il y a beaucoup de choses qui ont été dites sur moi qui sont fausses : on m’a fait passer pour un prétentieux, on m’a fait passer pour un mégalomane, c’est faux », lance-t-il. Au-delà de l’État du Sénégal,  Adama Gaye estime que ceux qui ont jeté l’opprobre sur lui pourraient eux aussi répondre devant les tribunaux ou à défaut il leur  servira une réponse à travers sa plume.

 

Très critique sur la gouvernance des resources pétro-gazières, Adama Gaye soupçonne les faits de corruptions dans la signatures des contrats par les autorités sénégalaises avec au coeur de l’affaire, le frère du président, Aliou Sall soupçonné d’avoir touché des pots-de-vin dans l’attribution de contrats d’exploration d’hydrocarbures, d’après une enquête de la BBC

Dénonçant le bradage de ces ressources découvertes en quantité au Sénégal, c’est son dernier texte sur ces questions qui lui ont valu son arrestation. Mais auparavant,  très actifs sur Facebook, Adama Gaye publiait quasi quotidiennement des message fleuris tout aussi virulents.

 

Noël SAMBOU

 

 

Source :http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

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