Toute compromission est toujours payée au prix fort.

 

 

« Les peuples comme les hommes finissent par payer leurs compromissions politiques ; avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur. (…)

En Afrique, la compromission des peuples s’effectue à trois (3) niveaux.

Le 1er niveau est constitué d’intellectuels opportunistes (…) qui organisent une véritable campagne internationale de presse pour maquiller et vernir la minable personnalité des bourreaux au pouvoir. C’est avec ces intellectuels que des cancres congénitaux ânonnent leurs premières théories économiques, juridiques et philosophiques. (…)

Le 2ème niveau est constitué par les opposants de circonstance. Ils se battent et entraînent des hommes sincères avec eux avant de rejoindre l’ennemi d’hier, avec armes et bagages, surtout avec la liste des opposants sincères. (…)

Le dernier niveau est constitué des ‘’indifférents’’. Les ‘’pourvu que’’, la pure race des égoïstes myopes, pourvu que mon salaire tombe, pourvu que je n’aie pas d’ennuis, pourvu que rien n’arrive à ma famille … » Norbert Zongo

Ces mots du journaliste burkinabé publiés sur le journal « L’Indépendant » en juin 1993 restent toujours d’actualité 26 ans après dans cette Afrique où les viols de la volonté populaire et des constitutions sont devenus les nouvelles armes pour faire perdurer les dictatures avec la bénédiction des puissances occidentales et des Nations Unies. On dit souvent que l’Afrique est plurielle dans sa diversité culturelle, linguistique, … mais malheureusement, elle reste unique dans sa façon de gouverner. Une gouvernance symbolisée souvent par la dictature d’un homme, d’un couple, d’une famille, d’une tribu ou d’une ploutocratie, ….

La situation actuelle en Afrique est invraisemblable. Et pourtant les puissances occidentales pardon les démocraties occidentales ferment les yeux sur les dérives autoritaires et totalitaires des dictateurs africains. C’est un retour de l’époque des partis iniques et uniques. On organise des élections fantoches. On met en place des institutions marionnettes. On met à leurs têtes des patins. On modifie la Constitution. On organise des manifestations orchestrées par des femmes et des hommes dont le seul espoir de promotion et de réussite réside dans la servitude et l’allégeance au pouvoir en place.

L’on mange. L’on danse. L’on chante. L’on applaudit et l’on encourage à faire croire à l’homme au pouvoir qu’il est indispensable que c’est un messie, un prophète voire un demi-dieu sans qui le pays va sombrer voire disparaître. On lui prête des attributs prophétiques. Pour l’autocrate c’est un non-retour, c’est une descente vers des abîmes insondables. Malheureusement, l’intelligence politique est une denrée rare dans ces contrées africaines car il faut savoir quitter le pouvoir avant qu’il ne vous quitte.

La trajectoire est irréversible. Et comme tout dictateur atteint du syndrome d’hubris (maladie du pouvoir), maladie mentale récemment répertoriée et qui se caractérise par la « perte du sens des réalités, intolérance à la contradiction, actions à l’emporte-pièce, obsession de sa propre image et abus de pouvoir », il écrase toute opposition, il emprisonne toute contradiction, il tue aussi toute idée d’alternance. A la fin personne ne sera épargné par le dictateur et comble de l’ironie ceux qui l’ont défendu et légitimé aux yeux du monde paieront au prix fort leur compromission.

Le drame en Afrique en général et à Djibouti en particulier c’est que nous avons piétiné toutes les valeurs humaines pour sombrer dans l’inhumanité. Nous avons assassiné la foi, l’espérance, l’exigence, la lucidité, le courage, le sens de la responsabilité, l’esprit critique et l’éthique sur l’autel des habitudes et des intérêts particuliers. Faire comme tout le monde. Etre un béni oui-oui. Etre en paix avec tout le monde. Ne pas se poser des questions.

Nos prostitutions morales et intellectuelles, nos défaillances, nos lâchetés, nos fuites devant nos responsabilités, … ne sont pas assumées. Il n’est pas rare d’entendre ici et là « avec ce système je suis obligé de me comporter comme ça » ou encore « c’est pour ma femme et mes enfants que j’accepte …» pour faire croire aux autres que nous sommes entrés dans une période où nous sommes dépossédés de nos responsabilités individuelles. C’est facile le choix de la démission !

Nous avons travesti la religion. Elle est devenue un palliatif pour beaucoup, une sorte de drogue, pour échapper à la réalité. Pour d’autres c’est un moyen pour se donner une virginité voire bonne conscience. D’ailleurs, le violeur, l’infâme, le corrompu, le voleur, l’hypocrite … tous se bousculent à la mosquée.

Nous avons transformé la tribu en tribalisme, nous avons construit des ghettos dans nos têtes. Vieux, jeunes, intellectuels, simples citoyens, responsables politiques, … nous avons tous accepté et intégré cette séparation en clans et/ou en tribus pour tuer l’idée d’une communauté de citoyens partageant la même histoire, les mêmes valeurs et le même destin. D’ailleurs, depuis l’indépendance le pouvoir en place a poursuivi avec brio le travail mis en place par le colonialisme à savoir les divisions tribales afin d’hypothéquer à jamais l’avènement d’une communauté de citoyens.

Les « mabrazes » à caractère tribaux pullulent dans les différents quartiers de la capitale. On revendique son appartenance et sa fierté vis-à-vis d’un tel ou tel mabraze.

Quel pays voulons-nous léguer à nos enfants ? Un état balkanisé ou un pays où chaque enfant quel que soit sa tribu revendiquera demain fièrement son appartenance à la nation Djiboutienne et une humanité inclusive.

 

Farah Abdillahi Miguil

 

 

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