CÔTE D’IVOIRE: CEI, 2020, Gbagbo, Terrorisme, Bédié, BHCI, Macron : ce que Ouattara a dit aux journalistes (Visite d’Etat-Hambol)

Le président ivoirien, Alassane Ouattara a répondu aux questions des journalistes nationaux et internationaux à la fin de sa visite d’Etat qu’il a effectuée du 27 au 30 novembre 2019 dans la région du Hambol. C’était le samedi 30 novembre à sa résidence privée de Katiola. Nous vous proposons la retranscription faite par plusieurs journalistes des questions-réponses.

 

 

Philippe KOUHON (Afrikipresse) : Pour être plus complet sur la question sécuritaire, ne pensez-vous pas que la construction d’un centre de formation Anti-terroriste pourrait attirer l’appétit sinon la menace djihadiste en Côte d’Ivoire ?

 

Sur la sécurité, nous mettons beaucoup de moyens pour protéger les Ivoiriens. Nous avons le conseil national de sécurité qui fonctionne bien. Alors que l’indice de sécurité était de 5, nous sommes aujourd’hui à 1,2. Le pays est en sécurité. Les gens peuvent vaquer à leur occupation. Nous avons renforcé tout ce qui a attrait aux questions de surveillance, électronique et du renseignement, et c’est une bonne chose de construire un centre de formation anti-terroriste. Il concerne les régions de Nous avons une force spéciale. Quatre groupes ont été formés de 500 personnes par groupe. Ce centre recevra des gens des régions de l’Afrique de l’Ouest. C’est une bonne chose pour la Côte d’Ivoire et les pays de la sous-région.

 

Philippe KOUHON (Afrikipresse) : Ne regrettez-vous pas d’avoir trop vite parlé concernant votre candidature pour 2020 ?

 

Moi je continue d’avoir la même logique. J’ai été DGA du FMI, gouverneur de la banque centrale, Premier Ministre. Je n’ai jamais fait plus de 5 ans à 6 ans dans une fonction. J’ai fait 9 ans à cause de la crise postélectorale, je crois que ça me suffit. Mon intime conviction, c’est qu’après deux mandats, de passer la main à une autre génération. L’année prochaine j’aurai 78 ans. Quand j’ai pris fonction j’avais 68. Ce qu’on peut faire à 68 ans, on ne peut pas le faire à 78 ans. Je dis que c’est bien que tous ceux de ma génération décident d’eux-mêmes de ne pas se présenter. Maintenant s’ils décident de se présenter, compte tenu de leur bilan, leur incapacité à gérer la Côte d’Ivoire, en ce moment-là je trouverai une solution. Mais cela ne veut pas dire que j’ai décidé d’aller.

 

Lance Touré (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, l’actuelle composition de la Commission électorale indépendante (Cei) continue d’être décriée par l’opposition. Pensez-vous qu’à cette allure, cette Cei pourra organiser les élections à venir ?

 

C’est évident. Vous savez, nous avons des institutions, le gouvernement a fait des propositions, discuté avec les partis politiques pendant 6 mois. Ce projet de loi a été envoyé à l’Assemblée nationale qui l’a adopté. Maintenant, c’est devenu une loi. Nous avons informé l’Union africaine. Cette Cei d’ailleurs qui est plus équilibrée que la Cei qui a organisé les élections de 2015, organisera les élections de 2020. Quand je parle il faut m’écouter, j’ai dit, pas de retour en arrière sur quelques sujets que ce soit.

 

Armand Depeyla (Soir Info) : Au cours de ce meeting vous avez marqué votre volonté de voir en retrait de toute candidature les gens de votre génération. Vous avez dit que cette génération comprenne qu’elle doit se retirer, se mettre en retrait. De par cette posture monsieur le Président, est ce que vous ne donnez pas le sentiment aux Ivoiriens que vous placez votre volonté au-dessus de la constitution ?

 

Pour la question de la candidature, il faut bien écouter quand on parle. J’ai suggéré que les gens de ma génération pensent à la nouvelle génération. Vous savez, moi j’ai été élu il y a dix ans. Je vois le travail que je faisais il y a dix ans. L’énergie que j’avais, dix ans après, je n’ai plus la même énergie. Nous devons donner à notre pays, le maximum d’énergie pour exercer la fonction de Président de la République. Je peux vous dire que parmi les gens de ma génération, je suis peut-être l’’une des personnes qui a le plus d’énergie. Mais malgré cela, je suis vraiment pour le transfert du pouvoir à la nouvelle génération. Je fais une suggestion. Mais ceux qui ne veulent pas entendre cela, ils ont le droit de se présenter. C’est leur droit. Je ne violerai jamais la constitution. J’ai dit que je ne ferai pas d’exclusion. La constitution est là pour gérer toutes ces questions avec le code électoral. Donc, il n’y a pas de volonté personnelle d’empêcher qui que ce soit. J’ai fait des suggestions. Maintenant chacun envisagera. Si les gens de ma génération considèrent aller de l’avant, la constitution m’autorise à faire deux autres mandats. Je pourrai faire deux autres mandats sans aucune difficulté. Parce que je suis en parfaite santé.


Armand Depeyla (Soir Info) : Monsieur le Président, votre gouvernement a écrit à la Cpi pour lui demander de maintenir en détention Laurent Gbagbo qui a été acquitté. Est-ce que vous pouvez expliquer aux Ivoiriens ce qui a motivé cette saisine ?

 

Sur la question de la Cpi, je pense que c’est tout simplement de l’intoxication. Il n’y a jamais eu de demande du gouvernement ivoirien. Les avocats ivoiriens ont pris une initiative. C’était leur initiative. Nous n’avons jamais été associés à cette initiative des avocats. Les questions judiciaires, on ne s’en mêle pas. On vous l’a dit. On le répète, c’est un procès qui est en cour. Il n’y a pas de raison que le gouvernement s’en mêle pour dire faites ceci, faites cela. C’est purement de l’intoxication. Le gouvernement n’a pas eu à se préoccuper de cette situation.

Fabrice Tété (Le Temps) : Vous aviez dit au cours d’un de vos meetings ici, dans le Hambol, que vous avez fait un beau rêve. Quel est ce rêve? Est-ce que dans ce rêve, c’est votre candidat qui a été élu en 2020?

 

Effectivement, c’est bien ça, pas seulement en 2020, mais également en 2025 et bien au-delà. Merci.

 

Romaric Sako (L’Essor Ivoirien): Au cours de votre rencontre avec les chefs traditionnels, les cadres et élus vous avez parlé du parrainage des candidatures en ce qui concerne l’élection présidentielle de 2020. Nous savons qu’il y a deux sortes de parrainage, notamment celui des citoyens et celui des élus locaux. Lequel des deux parrainages souhaiterez-vous que le code électoral prenne en compte pour 2020 ?

 

Nous avons une manière de gérer l’Etat de Côte d’Ivoire. Cette manière est totalement démocratique. J’ai un certain nombre d’idées avec le vice-président et le secrétaire général de la présidence et je les transmets au premier ministre qui doit les faire étudier par le gouvernement. Donc je ne sais pas ce que le gouvernement va proposer.
Je pense que ce serait bon d’avoir le parrainage des candidats. Maintenant, est-ce que c’est les citoyens inscrits sur la liste électorale ou les élus ? Moi je ne peux pas vous le dire. C’est le gouvernement qui doit voir ce qui se passe ailleurs et quels sont les résultats. Ensuite, ils nous feront des propositions que le conseil des ministres examinera. Ensuite le dossier va à la commission électorale pour avis avant d’aller à l’Assemblée nationale. C’est de même que pour la caution. Je suis personnellement favorable à une caution de 200 millions. Quand j’en ai parlé au premier ministre et au ministre secrétaire général de présidence, ils ont estimé que c’était beaucoup de passer de 20 à 200 millions. J’ai dit que ça fait 30 et 40 ans. Si on transforme les 20 millions avec le taux d’inflation, on devrait être au-delà des 200 millions de Fcfa. Peut-être que c’est le banquier qui raisonne. J’en ai parlé au président de l’Assemblée nationale, au président du Senat, tous me disent que 200 millions c’est trop. Parce que si c’est 200 millions pour les présidentielles ça veut dire que pour les députations, les mairies et les sénatoriales, doivent évolués. Mais le premier ministre sait ce qu’il va me proposer. Mais j’aimerais qu’on coupe la poire en deux.

Edwige Fiendé (Alerte.Info) : Monsieur le président, en souhaitant que la caution passe à 200 millions de FCFA et moins de candidats, n’êtes vous pas juge dans l’élection présidentielle?

 

Il y a des cautions ailleurs. Il faut des critères qui suivent des procédures. Il ne s’agit pas de ma volonté personnelle. Je dis ce que je souhaite. Cela ne veut pas dire que ce sera forcément le cas. Le Premier ministre va proposer 100 ou 150 millions ; peut-être l’Assemblée nationale va dire c’est trop et le réduire à 50 millions etc. C’est juste une idée. Je pense que la Côte d’Ivoire a besoin de modernisation. Voyez-vous, nous ne pouvons pas avoir 10 candidats comme en Guinée Bissau où 12 candidats se sont présentés. Les 4 premiers ont recueilli 98% des votes. Cela veut dire que les 8 autres ont pris le temps de ces autres candidats qui auraient mené une bonne campagne sans cela. Pour le temps, par exemple, de passage sur les médias, on vous dit que chacun à 1 heure de temps. S’il a y a 10 candidats, cela veut dire que chacun10 minutes voire même pas. Mais s’ils sont 4, chacun peut avoir 15 à 25 minutes de temps. C’est ce que je veux ; qu’on puisse présenter à nos concitoyens des choses crédibles et que la campagne soit vraiment une occasion de dire ce que l’on a fait par le passé, notre programme et comment le mettre en œuvre. Comme moi je l’ai fait en 2010 et surtout en 2015 avec d’autres candidats. Mais s’il y a 10 candidats, voyez-vous, cela n’est pas raisonnable. Je n’ai pas à empêcher et cela n’est pas antidémocratique. J’espère d’ailleurs qu’avec le temps, ce pays aura 2 grands partis, le RHDP et, je crois, une plate-forme nommée Coalition de quelque chose peut être qui deviendra un autre parti et nous aurons 2 candidats. Un candidat des progressistes, des rénovateurs, des modernes et un autre des nostalgiques. Cela permettra aux Ivoiriens de bien choisir. C’est tout. Je ne cherche pas à exclure. Moi-même j’ai été exclu, comme je l’ai dit. Et vous ne pouvez pas savoir quand il y a des mensonges pour exclure, cela blesse la dignité. Mais c’est du passé. Je n’exclurai jamais quelqu’un et je ne ferai pas de loi dans ce sens contre qui que ce soit.

Habiba Dembélé (Rti1) : Une visite officielle du Président Macron est prévue en Côte d’Ivoire. Pouvez-vous nous situer sur le cadre de cette visite ?

 

Effectivement, nous avons eu un tête-à-tête avec le président Macron la semaine dernière. Nous avons passé en revue beaucoup de sujets y compris sa prochaine visite. Les dates antérieures c’était les 10 et 11 décembre 2019. Vous savez, il y a beaucoup d’événement en France dans la semaine du 5 au 12 décembre. C’est décalé un tout petit peu à une nouvelle date mais je laisse le soin aux communiqués des deux présidences d’annoncer la date au plus tard à la fin du mois de Décembre.

Lassina Sermé (Apanews) : Ne pensez-vous pas que la situation qui prévaut à la BHCI peut freiner l’élan des investisseurs ?

 

Nous avons introduit des canadiens qui n’ont même pas payé leur caution. Vous savez la BHCI a été reprise. Nous avons mis beaucoup de moyens. Voilà des gens qui viennent et qui pensent que l’Afrique est un Farwest, alors que le président de la Côte d’Ivoire est un ancien gouverneur de la Bceao. Mais j’ai trouvé honteux ce qu’ils ont fait. Je les ai dégagés. Nous avons repris la Banque, nous allons la renflouer et nous allons voir que dans quelque temps elle sera une belle Banque. Eventuellement on verra s’il faut la privatiser à nouveau ou pas. Il faudra des gens sérieux. Ils n’ont même pas fait un dollar canadien de souscription. Ils ont prévu et ils n’ont jamais versé. Ils viennent et ils commencent à vendre les actifs de la Banque pour pouvoir construire des logements pour avoir la sympathie des employés, c’est honteux. Ils vont voir, je vais les poursuivre en justice.

Philippe Kouhon, envoyé spécial dans le Hambol

NB : Le titre, le chapeau et la transcription « Afrikipresse » sont de la rédaction

 

 

Source : http://www.afrikipresse.fr

 

Afriki Presse

 

 

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