MALI: Entretien exclusif avec Housseini Amion Guindo : « Si les autres sont là, c’est parce que nous n’avons jamais construit une armée à la dimension de notre territoire »

Dans un entretien exclusif qu’il nous a accordé, le président de la Convergence pour le Développement du Mali (CODEM), Houseini Amion Guindo se prononce sur le dénouement de la situation qui opposait les populations du centre à la mission onusienne, le retour de l’ex-président ATT, les engagements du sommet de Pau, les conclusions du dialogue national inclusif et les élections législatives en perspectives. maliweb.net : Bonjour Monsieur le président, vous venez d’effectuer une mission dans le cercle de Bandiangara, Koro et Bankass. Quel était l’objectif de ce déplacement ?

 

Housseini Amion Guindo dit Poulo

 L’objectif de ma mission consistait à aller écouter les populations et ensuite trouver un apaisement dans la situation tendue qui l’oppose à la MINUSMA.  Avant d’y aller, j’ai eu des échanges au téléphone avec plusieurs personnes pour savoir les raisons de cette tension. Beaucoup m’ont parlé d’un manque de collaboration entre les habitants et les casques bleus. Ensuite, je me suis rendu au QG de la MINUSMA pour savoir s’il est clairement établi qu’elle doit agir sans la collaboration avec les populations et l’Etat. Les responsables de la mission onusienne m’ont dit non , et que si les choses se déroulaient ainsi sur le terrain, cela est contraire à leur mission. Ils m’ont également dit que les casques bleus, dans l’exécution de leur mission,  doivent associer les FAMa et l’autorisation des autorités pour les différentes patrouilles.  Je me suis fait accompagner par un représentant de la MINUSMA à Bandjangara, Bankass et Koro  pour écouter les doléances des populations. Puis on a expliqué les missions de la MINUSMA en rassurant  qu’elle va changer sa façon de faire.  Nous avons pu obtenir l’adhésion des habitants des trois localités qui ont accepté de lever immédiatement le blocus et faire la paix avec la MINUSMA.

 

Donc, l’absence de collaboration avec les  autorités locales  et les FAMa était  à l’origine de la tension?

  

Quand la population dit que partout où la MINUSMA passe, il y a des attentats, des morts d’hommes, des avions qui débarquent dans la nuit, nous pensons que c’est la MINUSMA qui est responsable. Donc, ce sont des procès d’intention. Pour la population la MINUSMA  est là pour combattre le terrorisme. Malgré tout,  le terrorisme sévit de plus belle. Tout de suite, elle a imaginé l’inutilité de la force onusienne.  C’est ce que nous avons décidé de réparer en expliquant les missions dévolues à la mission de maintien de la paix. Il faut reconnaître que c’est une population qui souffre du terrorisme  et s’il faut ajouter d’autres problèmes, ça serait trop pour elle. Je suis parti parler avec mes parents pas en tant que le Ministre chargé de l’environnement mais en tant qu’un fils du terroir.  Ce problème ne relève pas du domaine du département de l’environnement.  Je suis allé tenir un langage de vérité avec mes parents à cause de la confiance qui existe entre nous pour trouver un dénouement heureux à ce problème.

 

Certains disent que vous avez été mandaté par le Président de la République pour faire cette mission de médiation, est-ce que vous confirmez ces rumeurs ?

 

Ce qui est clair, c’est que je me suis rendu là-bas en tant qu’un fils du terroir d’abord, mais également à cause de mon ancrage social au niveau de ces trois cercles.  Il faudrait retenir  qu’un ministre ne peut  faire un déplacement sans l’autorisation du Chef de l’Etat et le Premier ministre.

 

Vous n’avez pas peur si la MINUSMA n’arrive pas à respecter ses engagements et que la population s’en prenne à vous ?

 

C’est un risque politique, social et sécuritaire que j’ai pris pour m’y rendre. Je ne suis pas parti par avion et j’aurais pu croiser sur le chemin  n’importe qui.  Je pense que chaque partie prenante à intérêt à respecter la feuille de route établie lors de cette mission. Si cela arrivait à nouveau, ce serait par la faute des agents déployés sur le terrain et non de la direction de la MINUSMA à Bamako. Nous avons prévu d’organiser dans les jours à venir un forum dans les trois siècles pour une meilleure appropriation du contenu de la mission des casques bleus. Il est important que la compréhension soit de mise et des efforts soient faits de chaque côté.

  

Après ce compromis, vous pensez que la MINUSMA sera de retour dans ces localités ?

 

La MINUSMA est déjà là-bas. Elle  avait été bloquée et empêchée de se mouvoir  par les jeunes et les femmes. Dès la fin de notre mission,  elle a commencé ses patrouilles dans les trois cercles.  Notre intervention a permis de lever les blocages.

 

Pensez-vous que le retour de l’ancien Président Amadou Toumani Touré peut-il contribuer à l’apaisement et à la cohésion sociale au centre ?

  

La contribution de personne n’est de trop dans le retour de la paix. L’ancien président est de retour, il est également du centre du pays et il a déclaré se mettre à la disposition de son pays. Je pense que sa contribution ne sera pas de trop pour l’apaisement des cœurs.

 

Est-ce que vous pensez que les engagements pris  lors du sommet du G5 Sahel à Pau vont changer la lutte contre le terrorisme ?

 

Je pense que s’il y a eu Pau, c’est parce que nous nous sommes rendus compte de certaines  difficultés de plusieurs ordres.  Malgré la présence des forces étrangères, le terrorisme sévit.  Le sommet de Pau a été organisé  pour davantage  coordonner les positions des forces d’intervention de lutte contre le terrorisme afin de leur rendre plus opérationnelles. Je salue personnellement le sommet. Mais, ce qu’il ne faut pas oublier c’est que nous ne devons jamais compter sur les autres pour nous défendre, ne jamais compter sur quelqu’un pour nous défendre. Il faut que les maliens soient conscients du fait que  si les autres sont là, c’est parce que à un moment donné nous n’avons pas pu assurer notre propre sécurité. Nous aimons le dire chaque jour que nous sommes un pays indépendant, souverain.  En 1960, il y a eu une déclaration d’indépendance politique, mais elle ne peut en être sans une indépendance économique et militaire. Si les autres sont là, c’est parce que nous avons failli, c’est parce que nous n’avons jamais construit une armée à la dimension de notre territoire. Cela n’est pas la faute aux autres. Il faut que nous prenons conscience de nos faiblesses et que nous essayons dans les décennies à venir de construire un armée afin de laisser un pays aux générations futures. Mais, ce n’est pas en faisant le procès des autres et de voir la brandille dans les yeux des autres que nous allons relever notre pays. Le jour où nous serons forts, nous pourrons faire face à n’importe quelle armée.

 

Donc, vous admettez que nous avons besoin du soutien de l’extérieur pour assurer notre propre sécurité ?   

 

La preuve en est que c’est nous mêmes qui avons appelé les forces française pour contrer l’avancée des terroriste  vers le sud en 2013. Si Barkhane n’était pas là, ils seraient arrivés à Bamako.  C’est le Président malien qui a écrit à son homologue français pour solliciter l’intervention de son armée et nous avons tous vu l’accueil qui a été réservé à François Hollande après la libération de certaines régions du nord. Ça veut dire quelque part que l’intervention de l’armée française a été salutaire.

  

Votre parti a participé au dialogue national inclusif. N’êtes-vous pas sceptique  à la mise ne œuvre des recommandations et les résolutions ?

 

Je n’ai pas le  droit d’être sceptique.  Les recommandations et les résolutions du DNI constituent pour nous une feuille de route. Si nous voulons sortir le Mali du gouffre, il est important de s’accorder sur certaines choses. A titre d’exemple, le DNI a recommandé le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, c’est une ambition qui ne pourrait se réaliser comme une baguette  magique.  Le DNI a sollicité l’organisation des législatives que a toujours été le combat de notre parti la CODEM. Si nous dotons des zones en crise des élus légitimes, cela peut contribuer à l’apaisement de la situation.  Les élections ont toujours été organisées en Afghanistan et au Pakistan malgré le contexte sécuritaire très tendu.  C’est dans les problèmes qu’on cherche un chef pour mieux gérer les choses.

 

Votre parti a enregistré récemment de nombreuses adhésions dont des élus. Quel est votre secret ?

 

La CODEM a toujours été un parti très proche de la population et ouvert à tous. Nous nous réjouissons des nouvelles adhésions, mais nous connaîtrons  notre vraie force au sortir des élections législatives.  Nous abordons  les scrutins avec sérénité  et nous sommes prêts à présenter des candidatures dans  l’ensemble du territoire.

 

Pourrions-nous voir Housseini Amion Guindo à la tête d’un groupe parlementaire  au sortir des législatives de 2020 ?

 

Ce n’est pas évident. Poulo est un jeune retraité de l’Assemblée nationale après avoir fait deux mandats. Il soutiendra la candidature d’autres cadres du parti pour qu’ils vivent à leur tour l’expérience parlementaire.

 

Propos recueillis par Siaka DIAMOUTENE

 

 

Maliweb.net (Mali)

 

 

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