Pascal Kossivi Adjamagbo: Appel aux Chefs d’Etat Africains à l’arrivée en Afrique de «la Nouvelle Guerre Mondiale»

 

 

Le nombre de morts déjà causés à ce jour par le coronavirus covid-19 dans le monde entier, plus de 100 000 décès sur plus de 1,6 million de personnes officiellement contaminées à la date du 10 avril 2020 depuis le 10 janvier 2020 dans plus de 180 pays, est vraiment impressionnant. A cela s’ajoutent l’arrêt des activités économiques de production dans ces pays depuis trois mois pour le pays considéré comme «l’usine du monde», la crise pétrolière très grave déjà suscitée par ce virus avec une chute vertigineuse du prix du baril de pétrole, et les sommes astronomiques déjà mobilisées par les puissances économiques du G20, évaluées à plus de 5 000 milliards de dollars, pour «limiter les dégâts» économiques devant être causés par ce virus. Compte tenu de tous ces dégâts déjà provoqués par le covid-19, la déclaration de la pandémie par l’OMS le 11 mars 2020, fait donc incontestablement de la mobilisation mondiale contre cette pandémie «la Nouvelle Guerre Mondiale» de la science et de l’intelligence contre le coronavirus. Comme à la fin des deux  premières guerres mondiales, à la sortie de cette «Nouvelle Guerre Mondiale», désormais contre un virus, il y aura aussi immanquablement une redistribution des cartes géo-politico-économiques en fonction des comportements stratégiques et compétitives des différents pays durant la guerre, des pressions populaires irrésistibles exercées sur les dirigeants politiques et économiques à la fin de la guerre, ainsi que des leçons tirées de cette crise et mises en application sans tergiverser dès la sortie de la guerre. Le célèbre et influent ancien Secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger a exprimé ses convictions intimes sur cette redistribution des cartes géo-politico-économiques dans un récent brillant article intitulé «la pandémie de coronavirus modifiera à jamais l’ordre mondial» («The Coronavirus Pandemic Will Forever Alter the World Order»), et publié par Wall Street Journal du 3 avril 2020.

 

Or, dès le 18 mars 2020, le Directeur Général de l’OMS, et ancien ministre de la santé de l’Ethiopie, Dr Tedros Adhamon Ghebreyesus, a publiquement mis en garde les dirigeants africains en déclarant que «le meilleur conseil à donner à l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui». Près de deux semaines après, le Secrétaire Général de l’ONU, Mr Antonio Guterres, a fait échos à cette déclaration dans son interview sur RFI et France 24 le 27 mars 2020 en ajoutant: «Tout cela à un niveau gigantesque, il nous faut une mobilisation gigantesque, une priorité absolue, car il est encore temps, à mon avis, d’éviter le pire. Mais sans cette mobilisation gigantesque, je crains qu’on ait en Afrique des millions et des millions de personnes infectées. Et même si la population est plus jeune que dans les pays développés, il y aura nécessairement des millions de morts … Alors c’est dans l’intérêt des pays du Nord de faire cet investissement massif en Afrique. Et cela implique vraiment, du point de vue technique et du point de vue financier, un effort gigantesque». De son côté, dès fin mars 2020, le Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie (CAPS) du ministère français des Affaires Etrangères a tiré la sonnette d’alarme en craignant un possible effondrement de la plupart des régimes en place en Afrique causé par la «Nouvelle Guerre Mondiale» et en conseillant aux autorités françaises de chercher d’ores et déjà des interlocuteurs fiables et légitimes. Les raisons compréhensibles de cette mise en garde de l’OMS et de cette sonnette d’alarme du ministère français des Affaires Etrangères sont les états lamentables des systèmes et équipements sanitaires dans la plupart des pays africains, la fragilité des économies nationales et le poids de l’économie informelle dans la plupart de ces pays. Cette mise en garde et cette sonnette d’alarme sont en fait conformes à la sagesse populaire africaine que livre à la moquerie publique «ceux qui attendent que la guerre éclate pour chercher à acheter de armes» («Ahua ne dzo ne mia plé étou» dit un proverbe éwé du Bénin, Ghana, Togo).

 

Compte tenu des leçons de tâtonnements confinant à l’amateurisme de plusieurs gouvernements occidentaux dans la gestion de cette «Nouvelle Guerre Mondiale», notamment en Italie, Espagne, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis et Brésil, compte tenu de la leçon du principe universel et intemporel «à la guerre comme à la guerre», qu’il nous soit permis de lancer un appel solennel et vibrant à tous les chefs d’Etat africains pour qu’ils tirent profit de ces leçons en rompant avec le train-train de leurs politiques nationales et politiciennes en «temps de paix» pour constituer sans tarder des «gouvernements de guerre», dirigés par des «Premiers Ministres» adaptés au conteste de «la Nouvelle Guerre Mondiale» de la science et de l’intelligence contre le coronavirus. Ceux-ci devraient être des esprits  clairvoyants et critiques, armés de compétences et surtout de capacités scientifiques, et de la trempe politique de Churchill, avec «des mains de fer dans des gants de velours», capables de prendre des décisions politiques et économiques justes et courageuses en synthèse d’avis d’experts scientifiques bien compris. Ils devraient être entourés et épaulés par des ministres choisis par le Président en bonne intelligence avec le «Premier Ministre» pour leurs compétences et expertises en temps de crise, et non seulement pour leurs bonnes relations avec le Président. Il est souhaitable que le «Premier Ministre» d’un tel «gouvernement de guerre» soit un scientifique avec une capacité politique qui honore l’appel lancé par le savant et homme politique sénégalais Cheick Anta Diop à l’Université de Niamey en mai 1984: «Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Il faut justement que votre sagacité intellectuelle aille jusque là (…) Il n’y a qu’un seul salut, c’est la connaissance directe et aucune paresse ne pourra nous dispenser de cet effort (…) A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents».

 

Compte tenu de l’extrême fragilité structurelle des économies nationales africaines où les aléas de l’économie informelle obligent l’écrasante partie de la population à «vivre au jour le jour», il est évident que les plus hauts responsables politiques du continent que sont ses chefs d’Etat doivent chercher à aider par une «aide en nature forfaitaire et substantielle» tous les ménages collectifs ou individuels, sans distinction de classe, d’ethnie ou de sensibilité politique, comme déjà mis en œuvre de manière louable et exemplaire par les présidents sénégalais et rwandais, à vivre dignement le «confinement total» déjà imposé dans la plus part des pays africains, asiatiques, européens et américains, tout en cherchant à sortir le plus tôt possible de ce «confinement total» pour migrer vers le «confinement sélectif». Comme l’a recommandé l’ancien ministre tunisien, le professeur Ahmed Friaa, dans son récent article «Corona-confinement: et si une alternative existait?» consultable en ligne, ce «confinement sélectif» consiste «à détecter les personnes infectées ou celles à risque, par différents moyens de dépistage, les isoler et les mettre en quarantaine pour un certain temps, en généralisant le terme «quarantaine» à tout confinement indépendamment de sa durée. Ces solutions sont évidemment consolidées par des mesures, souvent strictes, de distanciation des personnes et l’obligation, souvent, du port d’un masque pour tous. C’est ce type de solutions qui a été adopté en particulier dans de nombreux pays asiatiques tels que la Corée du sud, Hongkong, Singapour, Taiwan et bien d’autres, en plus de certains pays d’Europe du nord». Cette «aide en nature forfaitaire et substantielle» aux ménages, devant s’ajouter aux aides indispensables à toutes les entreprises étatiques ou privées pour sauver les emplois, s’impose «sans état d’âme» en «temps de guerre», surtout en «temps de guerre mondiale», «quoi qu’il en coûte» à l’état, comme l’a soutenu le résident français dans son discours du 12 mars 2020 à la nation française. La mise en œuvre de ces aides aux ménages et aux particuliers, avec une justice, une rigueur, une honnêteté, une bonne gouvernance sans compromis ni compromission, ainsi que toutes les mesures sanitaires de dépistage généralisé du covid-19, de confinement sélectif, de mesures «barrières», d’hygiène, de renforcement des défenses immunitaires par les vitamines C,D, E et B par consommation naturelle dans les fruits ou légumes ou par consommation sous forme concentrée approprié, de traitement le plus tôt possible selon le protocole recommandé par le Professeur Didier Raoult, de port généralisé de masques fiables, doit être la première partie urgente et impérieuse du «cahier des charges» de tous les «gouvernements de guerre».

 

Conformément à la nécessité évoquée de tirer les leçons de la «Nouvelle Guerre Mondiale» en cours et de les mettre effectivement et efficacement en application sans tarder dès la fin de cette guerre, la seconde partie tout aussi urgente et impérieuse de ce «cahier des charges» doit consister en des mesures concrètes et efficaces, dignes de celles de la politique volontariste et Keynésienne du «New Deal» ayant permis aux Etats-Unis de sortir du marasme de la crise économique de 1929-1933, et de celle du «Plan Marshall» ayant permis la reconstruction économique de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Le but de ces mesures devrait être la restructuration et le décollage économique, monétaire, agricole, industriel et technologique de tout le continent africain, qui devraient enfin garantir, par une production et une transformation accrues de ses matières premières agricoles, minières ou énergétiques, son indépendance et sa sécurité alimentaires, sanitaires, éducationnelles, énergétique et industrielles de première nécessité. Plus que pour la France, pour tout le continent africain, «déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie», comme l’a déclaré le président français dans son allocution citée. A cette fin, puisque la pandémie actuelle nous démontre qu’il est illusoire de prétendre résoudre les questions cruciales et vitales de sécurité alimentaire et sanitaire à l’échelle nationale, il est urgent et impératif que ces «gouvernements de guerre» coopèrent efficacement entre eux pour créer et faire fonctionner le plus tôt possible une «Agence Africaine de Sécurité Alimentaire et Sanitaire» rattachée directement aux chefs d’Etat africains et à la présidence de la Commission de l’Union Africaine. Cette agence devra entre autres proposer des lois supranationales pour interdire des manipulations microbiologiques et génétiques pouvant déboucher accidentellement ou intentionnellement sur des épidémies en Afrique comme celles du SIDA, de EBOLA ou de CORONAVIRUS, pour interdire des campagnes de vaccination douteuses permettant aux criminels racistes obsédés par la croissance démographique du continent africain de réaliser leurs fantasmes aux prix de la corruption de complices africains. Ces fantasmes sont d’autant plus infondés que le continent africain est moins peuplé que un seul pays asiatique comme la Chine ou l’Inde dont la démographie ne suscite pourtant pas les mêmes fantasmes que la démographie africaine. Cette «Agence Africaine de Sécurité Alimentaire et Sanitaire» devrait aussi proposer rapidement une loi supranationale pour annuler les contrats nationaux de ventes ou de concessions scandaleuses de «terres cultivables privilégiées» africaines à des grandes sociétés non africaines suspendant ainsi sur la tête de l’Afrique l’épée de Damoclès de l’insécurité alimentaire dont le président français a légitimement évoqué la crainte pour son pays.

 

En conclusion de notre appel solennel et vibrant à tous les chefs d’Etat africains, qui fait écho aux préoccupations et recommandations pertinentes exprimées par le président de la BAD, Dr Akinwumi Adesina, dans son interview sur RFI le 10 avril 2020, nous espérons ardemment qu’il sera entendu et débouchera sans tarder sur la mise en place dans tous les pays africains des «gouvernements de guerre» compétents et efficaces, avec les bonnes compétences qui ne manquent dans aucun de nos pays, et avec le cahier des charges proposé, pour répondre positivement à la question pertinente soulevée par l’économiste et ancien ministre togolais Kako Nubukpo dans une tribune récente au titre évocateur: «Et si le coronavirus était une chance pour les économies africaines?»

 

Pascal Kossivi Adjamagbo

 

Enseignant-chercheur à Sorbonne Université à Paris, Président du Conseil des Universitaires et Experts Pan-Africains (CUEPA)

 

BIOGRAPHIE ABREGEE DE PASCAL KOSSIVI ADJAMAGBO

 

Pascal Kossivi Adjamagbo, togolais et français, Enseignant-Chercheur en mathématiques et en économie depuis 1985 à Sorbonne Université, est un des experts les plus mondialement reconnus d’un des plus grands défis mathématiques connu sous le nom de la « conjecture Jacobienne » (voir l’article de Wikipedia « Jacobian Conjecture »), après avoir obtenu son doctorat d’état en mathématiques en 1992,  son agrégation de mathématiques en 1988, et son diplôme d’ingénieur de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées de Paris en 1979 où il eut comme professeur d’économie le futur Premier Ministre français Michel Rocard.

 

Intellectuel pluridisciplinaire (mathématiques, économie, art, poésie, histoire) et engagé comme son Maître Cheikh Anta Diop, préoccupé par les contributions des sciences et des technologies, éclairés par l’éthique et l’humanisme et guidées par la bonne gouvernance, au développement durable de toute l’Afrique dans les domaines vitaux de la santé, l’éducation, l’agriculture, l’énergie et l’industrie, Pascal Kossivi Adjamagbo est depuis 2018 président du Conseil des Universitaires et Experts Panafricains (CUEPA), et est porteur depuis 2010 du projet de la « Compagnie Pour l’Energie en Afrique » en vue de la réalisation du projet panafricain par excellence du barrage du Grand Inga et de son réseau de distribution à travers tout le continent africain, et afin de permettre la maîtrise par des cadres africains de toute les techniques des énergies, ainsi que l’industrialisation et l’intégration économique du continent africain, pour préparer économiquement, conformément à la vision panafricaine d’un des Pères de l’OUA et Père de l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio,  et hâter politiquement l’avènement des « Etats-Unis d’Afrique ».

 

Source: https://www.leaders.com.tn

 

Leaders (Tunisie)

 

 

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