BENIN – La mouvance, testée positive au dopage/Parrainage: La peur de la compétition

Présidentielle 2021. C’est le leitmotiv dans toutes les chapelles politiques, passées les législatives de 2019 et les municipales 2020. Pour cause, c’est désormais le seul baromètre à l’aune duquel le président Patrice Talon prouvera à la face du monde qu’il a effectivement œuvré pour le bien-être des Béninois lors de son séjour au palais de la Marina ces cinq dernières années au point d’être porté en triomphe par ses compatriotes au cas où il les solliciterait pour un second mandat. Et sauf miracle, il le ferait, lui, un compétiteur né. Seulement, le dopage auquel se livre la mouvance à travers l’Union progressiste et le Bloc républicain conduit inexorablement à fausser le jeu. A preuve. Le principe du « parrainage » subrepticement inséré dans le code électoral sonne comme une peur bleue de la compétition de 2021.

 

 

«  Nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République ou de vice-président de la République s’il : n’est de nationalité béninoise de naissance ou acquise depuis au moins dix ans ; n’est de bonne moralité et d’une grande probité ; ne jouit de tous ses droits civils et politiques ; n’est âgé d’au moins 40 ans révolus et au plus 70 ans révolus à la date d’entrée en fonction ;  a été élu deux (02) fois président de la République et a exercé comme tel deux mandats ; n’est présent en République du Bénin lors du dépôt de sa candidature ; ne jouit d’un état complet de bien-être physique et mental dûment constaté par un collège de trois (03) médecins assermentés désignés par la Cour constitutionnelle ;  n’est dûment parrainé par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des députés et des maires ». Ce sont, là, les dispositions de l’article 132 de la loi 2019-43 du 15 novembre 2019 portant code électoral en république du Bénin. Mais c’est surtout le dernier alinéa du document qui suscite remous et polémiques : « ; n’est dûment parrainé par un nombre de députés et/ou de maires correspondant à au moins 10% de l’ensemble des députés et des maires ».

 

Légitimes appréhensions

 

Le dernier alinéa de la loi portant code électoral suscite moult appréhensions de la part de tous les Béninois épris de paix, de liberté et surtout de démocratie. En effet, point n’est besoin de ressasser les conditions dans lesquelles se sont déroulées les dernières élections législatives au Bénin. Il convient juste de rappeler que seules les deux formations créées par le chef de l’Exécutif, en l’occurrence l’Union progressiste-UP- et le Bloc républicain-BR- ont été autorisées à prendre part à ce scrutin. Conséquence, les 83 députés de l’actuelle législature sont tous acquis à la cause du pouvoir en place. En langage sportif, ça s’appelle du dopage.

Il en est quasiment de même des dernières consultations municipales. En dehors du parti Force cauris pour un Bénin émergent-FCBE- formation à laquelle on tente mordicus de coudre un habit d’opposant, qui a participé à ces municipales et qui s’en est sorti avec environ 15% des suffrages exprimés, franchissant du coup la fatidique barre des 10% , passeport à l’éligibilité au partage des voix, une fois encore, ce sont les formations  du chef de l’Etat –UP et BR- qui se sont partagés les voix en se taillant la part du lion. Conclusion, en dehors de sept mairies qui tombent dans l’escarcelle des Cauris, les 70 autres mairies sont contrôlées par des élus membres des partis siamois, UP et BR. De la boulimie. Pas plus. Et ici aussi, ça sent le dopage.

Or, la loi est formelle sur le principe : tout candidat à la présidentielle devra recevoir l’aval d’au moins 16 députés ou maires. Point n’est besoin d’être expert en mathématiques pour comprendre que si les données politiques actuelles ne subissent aucune modification, aucun autre candidat ne peut se qualifier à prendre part à l’élection présidentielle de 2021, en dehors de l’actuel locataire du palais de la Marina, ou de son dauphin désigné, d’où les inquiétudes des uns et des autres.

 

Les jeunes, farouchement opposés au parrainage

 

La jeunesse, considérée comme le fer de lance de toute nation, visiblement, n’entend nullement se laisser aller au fatalisme et cautionner cet assassin principe de la démocratie que représente le parrainage. Constituée en un mouvement, la Coalition de la jeunesse pour restaurer la démocratie, cette jeunesse voudrait bien croire que le chef de l’Etat usera de tous les pouvoirs à lui accordés par la constitution pour remettre en cause cette clause du parrainage malicieusement insérée dans le code électoral par les députés de la huitième législature-toujours eux- certainement pour plaire à leur patron. Et elle semble bien décidée, cette jeunesse assoiffée de liberté et de démocratie, à se battre jusqu’au dernier souffle afin de barrer le chemin au statu quo. « Le président Patrice Talon ne sera pas le seul candidat en 2021. Il y aura plusieurs candidats », a martelé l’un des responsables de ladite coalition au cours d’une manifestation. Inch Allah !

 

Que devient l’élégance de Talon ?

 

« Surgir, agir, disparaitre ». La trilogie porte la signature du compétiteur né. Alors intraitable sur sa conception du pouvoir. « Avec un mandat, on peut faire le job et laisser la chance à quelqu’un d’autre », se plaisait-il à dire en compagnie de ses proches. Et il n’avait pas tort. Tant et si bien que nul n’est indispensable. Nelson Mandela a fait juste un mandat. Pourtant, l’Afrique du Sud se porte toujours bien. « Je ferai un seul mandat », martelait Patrice Talon avant, pendant la campagne et même à l’occasion de son investiture. Certes, les réalités du pouvoir ont impacté les profondes convictions du chef de l’Etat, d’où le fameux « j’aviserai ».

Toujours est-il que l’actuel maitre du palais de la Marina ne cessait d’évoquer « l’élégance » qui caractérisera sa gestion. Et c’est bien possible d’exercer les plus hautes fonctions de l’Etat avec une certaine « élégance », pour peu que l’on soit un homme de gout. Et cet attribut, nul ne saurait le dénier au président de la république. Patrice Talon reste et demeure un homme de gout. Alors, pourquoi cette élégance à lui connue a-t-elle disparu de sa gestion des affaires de la cité ? Comment peut- on comprendre que c’est sous  son règne que la démocratie béninoise, jadis appréciée, vantée et imitée, connait cette dangereuse régression ? Un parlement unicolore, devenu une simple caisse de résonance, sans l’ombre d’aucun opposant ! Comment est-il possible que c’est sous son règne que les institutions de contrepouvoir, alors toutes les institutions de contrepouvoir, sont devenues de simples « faire valoir », avec une allégeance à l’Exécutif, toute chose ipso facto préjudiciable au processus démocratique ?

Des élections législatives sans la participation de l’opposition, on a fini par passer. Des élections municipales « viciées » par l’insidieuse barre des 10%, cause de l’élimination de certains partis au partage des voix, on a fini par s’en accommoder, à notre corps défendant. Mais une élection présidentielle avec un seul candidat, a fortiori le sortant, les Béninois auront vraiment du mal à avaler cette pilule-là. Surtout avec un chef d’orchestre autoproclamé « compétiteur né »

 

Vincent Mètonnou

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

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