BENIN/Des mercredis rouges aux fausses promesses de vie en rose: Le peuple « enfariné »

«Démocratie et Etat de droit au Bénin sous la rupture ». Très beau sujet de réflexion pour un étudiant de troisième année en Sciences politiques. Seulement, l’état des lieux ne parait point reluisant. Pourtant, que n’a-t-on pas promis à l’avènement de la rupture ? Que n’a-t-on pas entendu ? A l’arrivée, du leurre, et sans même aucune lueur. Mais que sont devenus les ardents défenseurs de la démocratie ? Où sont-ils passés, ces inlassables acteurs de la société civile et autres syndicalistes si accrochés aux questions relatives aux droits de l’homme, à la liberté tout court ? Finalement, des mercredis rouges aux fausses promesses de vie en rose, on en fait voir de toutes les couleurs au peuple.

 

 

Ils ont nom, entre autres, Joseph Djogbénou, Abraham Zinzindohoué, Pascal  Todjinou, Noël Chadaré, Dieudonné Lokossou, Orden  Alladatin, Janvier Yahouédéou, Martin Assogba, alias Alcrer, pour ne citer que ceux-là. Ces noms, jadis célèbres par la bravoure de certains actes par eux posés, de certaines initiatives par eux prises dans le cadre de la défense de la démocratie, de l’Etat de droit , des droits de l’homme, de la liberté, pour tout dire, ont quasiment disparu. Certains font des apparitions sporadiques sur les petits écrans. Mais à les suivre dans leur nouveau raisonnement, comparé à leurs convictions d’antan, ils deviennent complètement méconnaissables. Carrément, le jour et la nuit. Comment cela se peut-il ? S’indignait un compatriote l’autre jour, éberlué par la métamorphose de ces ardents activistes sous le régime de Boni Yayi, devenus subitement muets comme des carpes avec l’installation du pouvoir de la rupture.

 

« Les mercredis rouges »

 

Pour peu que l’on se refuse à l’amnésie, la plupart des acteurs suscités renvoient à ces chaudes journées dénommées « mercredis rouges ». Par la couleur dominante à l’occasion de ces fameuses manifestations consacrées à la défense des droits de l’homme et à  la liberté. Il ne fallait jamais toucher à la constitution du 11 décembre 1990. Et certains propos de certains acteurs résonnent encore fort  dans nos oreilles, comme si c’était hier. « La révision n’est pas un débat pour 83 personnes. Quelle que soit la voie-parlementaire ou référendaire- c’est le débat du peuple. Il y a une charge émotionnelle dans la constitution. On ne peut en faire une affaire de l’Assemblée. Le peuple doit être associé ». Ces propos émanent de l’un des plus célèbres procéduriers au Bénin, Me Abraham Zinzindohoué. Et le prof ne pensait pas si bien dire.

A l’avènement de la rupture, le premier président de la Cour suprême du renouveau démocratique devient un des plus proches collaborateurs de l’actuel locataire du palais de la Marina. Pressenti pour succéder à son collègue Théodore Holo à la tête de la Cour constitutionnelle-Dieu sait qu’il était le meilleur candidat à ce poste en ce moment-c ‘est finalement son épouse qui se retrouvera à la plus haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle. Le prestigieux fauteuil sera échu à son jeune confrère au barreau béninois, Me Joseph Djogbénou. Elu député de la huitième législature, il se désista en faveur de son suppléant, Florentin Tchaou. La charge émotionnelle de la constitution s’est-elle éteinte à l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir ? Où était Me Zinzindohoué quand en un tour de passe, la constitution du 11 décembre 1990 fut modifiée par ses camarades députés de la huitième législature ? Mieux, sans aucune concertation du peuple ? « On raisonne autrement dans un château que dans une chaumière », enseigne l’adage. Mais le prof de « voies d’exécution » n’était pas trop visible aux journées consacrées aux mercredis rouges. Par contre, son collègue Djogbénou en étai un des piliers.

 

Djogbénou, tête de pont

 

Aux célèbres « mercredis rouges », en effet, l’actuel président de la Cour constitutionnelle s’affichait comme l’un des pionniers du mouvement. Tee-shirt ou casquette rouge, Me Joseph Djogbénou faisait partie du peloton de tête de ce mouvement où les défenseurs de la démocratie battaient macadam tous les mercredis, alors soigneusement encadrés par les forces de l’ordre. On ne battait point. On ne tirait point. Juste des marches pacifiques, symboles vivants du dynamisme de la démocratie béninoise. Aux côtés de Joseph Djogbénou, on retrouvait souvent Orden Alladatin, député à l’Assemblée nationale, huitième législature. On retrouvait des syndicalistes à l’image de Pascal Todjinou-qu’on ne présente plus- Dieudonné Lokossou, et j’en oublie. On revoit encore Pascal Todjinou, vent debout, devant caméras et micros, menacer par rapport à la violation des droits de l’homme qui commençait par poindre au début du régime de la rupture : « Nous sommes encore vivants ».

Quant au président de la république lui-même, il soutenait, avec conviction : « La liberté ne peut exister sans la démocratie ». Vérité de lapalissade.  Et comme pour renforcer ses propos, Patrice Talon ajouta : « La démocratie ne peut survivre sans la compétition ».

Quatre ans de règne du pouvoir de la rupture ont-ils suffi pour « enterrer vivant » Pascal Todjinou  ? Le truculent syndicaliste a-t-il perdu sa langue ? A moins que l’ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin-CGTB- estime que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ; que la démocratie béninoise se porte à merveille ; que les droits de l’homme sont respectés…

« La démocratie ne peut survivre sans la compétition ». Pertinents propos du chef de l’Etat. Compétition ! Le mot est lâché. Par le compétiteur né. Seulement, le vocable a-t-il encore un sens au Bénin de la rupture ? On penche pour la négative. Depuis l’avènement du régime du nouveau départ-« nouveau retard », ironisait Dieudonné Lokossou- depuis avril 2016, disais-je, les Béninois ont été déjà appelés aux urnes à deux reprises. La compétition a-t-elle vraiment eu lieu à l’occasion de ces deux consultations ? Aux législatives d’avril 2019, seuls les deux partis politiques créés pour la cause par le chef de l’Exécutif furent autorisés à prendre part à ce scrutin. Dans ces conditions, peut-on parler de compétition ? Nenni ! Aux dernières élections municipales, d’aucuns peuvent estimer que la compétition a eu lieu. Soit ! Mais, c’est comme si le Barça jouait contre le Getafe. Compétition complètement déséquilibrée où Messi et ses amis ne pouvaient perdre. Or, sans compétition, point de démocratie, avait soutenu le chef de l’Etat. Alors, Toutes ces bonnes paroles n’étaient-elles que vaines promesses ? Depuis Avril 2016, on ne reconnait plus les Béninois. Encore moins le Bénin.

 

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