BURKINA : Entre le marteau et l’enclume

Et l’espoir s’est tu, assassiné à quelques encablures de cette ville qu’il chérissait de tout cœur! Dans le soleil naissant qui irradie Djibo de ses rayons, c’est désormais, tout à la fois, désolation, indignation, impuissance… Le grand imam Souaïbou Cissé, symbole de la modération et vecteur fort du vivre-ensemble dans cette communauté meurtrie, n’est plus. D’abord enlevé par des Individus armés non identifiés, seul son corps sans vie a été rendu au Burkina. Comme la rançon de quel forfait, de quel crime, ô mânes de nos ancêtres?

 

Dans le concert de condamnations qui a salué cet ignoble assassinat, des mots, rien que des mots, toujours les mêmes, qui résonnent depuis trop longtemps maintenant. La symphonie d’un adieu contraint, que l’on vous impose et contre laquelle ne s’oppose que votre impuissance. Une camisole de force que vos vaines gesticulations plaquent davantage à votre corps sans défense… Avant le grand iman, Djibo avait perdu, faut-il le rappeler, son député-maire, Ousmane Dicko, tué lui aussi sur ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui l’axe de la mort dans cette région qui n’en peut plus de résister.

 

 

FORCE, COURAGE ET ESPOIR…

 

Ainsi, comme dans une complainte sans fin, Djibo pleure des figures qui lui inspiraient force, courage et espoir. Au bout de la résistance de ces villes marquées au fer rouge du terrorisme et du pseudo-terrorisme, c’est tout le Burkina qui doit relever, ici et maintenant, le défi de la victoire sur les forces du mal. Car, aujourd’hui encore, aujourd’hui plus que jamais, Yirgou nous regarde, Gasseleki nous interpelle, Pensa nous demande des comptes et Arbinda réclame réparation.

 

Manifestement, ces Individus armés non identifiés, qui sèment terreur et désolation à tout-va sur le territoire national, que les autres ont vite fait de peindre en rouge, semblent intensifier leur funeste besogne à l’approche des élections couplées fixées au 22 novembre.

22 novembre! Dans moins de cent jours! Juste quelques semaines donc pendant lesquelles, toujours saisis par l’émotion et ceinturés par la douleur, les Burkinabè se perdent en conjectures et en interrogations.

Les urnes du 22 novembre prendront-elles la couleur du courage de nos aïeux qui ont tant lutté pour sauvegarder l’intégrité du pays? Ou alors celle de la psychose terroriste dont certains, tapis dans l’ombre, écrivent le détestable scénario?

 

«MOI, PRÉSIDENT…»

 

En attendant ce 22 novembre de toutes les peurs et de tous les espoirs, la tête du Burkina politique est plongée dans la campagne électorale. Déguisée, insidieuse ou ouverte, ce temps de précampagne, qui court jusqu’au 31 octobre prochain, est aussi celui de grandes manœuvres. La tête dans la campagne et le cœur à kosyam, les candidats et les états-majors des partis politiques affûtent leurs armes et espèrent bien décrocher le graal. Reste à savoir si la rhétorique et les professions de foi des uns et des autres réussiront à corriger un tant soit peu, au-delà de la cavalcade des investitures, la réalité sécuritaire du pays.

 

« Moi, président… », nous disent-ils tous. Oui, toi président, le calvaire des Personnes déplacées internes se conjuguera-t-il au passé? Et les attaques deviendront-elles subitement de tristes et lointains souvenirs? En attendant, le Burkina se trouve indubitablement entre le marteau du terrorisme et l’enclume des élections. Et le temps passe… Oh, comme le temps passe si vite…

 

© Serge Mathias Tomondji, 17 août 2020

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