BELGIQUE – ENTREPRENARIAT FEMININ DANS LA DIASPORA AFRICAINE : Faire mieux que les hommes

 

L’Atomium, symbole de Bruxelles et de la Belgique.

 

Entreprendre une activité commerciale, industrielle ou de service, c’est d’abord affirmer sa liberté d’agir librement  et de participer au développement socioéconomique d’une société. Entreprendre, c’est aussi participer à la richesse d’un pays, de sa population par la création d’emplois et les impôts, lesquels théoriquement financent les services à la communauté.

Mais l’entreprenariat, qui a toujours existé dans les sociétés humaines, devient un leitmotiv dans les discours institutionnels (des institutions internationales et régionales, des banques de développement) et socio-politiques. Un accent particulier est mis sur l’entreprenariat de la femme. Les grandes entreprises sont dirigées par des hommes. La présence des femmes est minime, voire inexistante. Mais en Afrique, les femmes ont toujours entrepris d’abord pour nourrir ses proches et participer à l’amélioration des conditions de vie de leur communauté. Elles sont d’ailleurs les championnes en matière d’entrepreneuriat. Fatou Sarr[1] et Odile Merckling[2] ont démontré dans leurs ouvrages respectifs les capacités que déploient ces femmes dans un espace encore difficile pour la grande majorité des femmes par exemple le crédit pour développer leurs entreprises. Odile Merckling critique avec raison une limite imposée par ce qu’elle appelle les institutions financières nationale et internationales, qui étouffent les aspirations personnelles de millions de femmes.

Comme les hommes, les femmes africaines émigrent pour diverses raisons. L’évolution sociale et les changements politiques ont poussé les femmes à chercher non seulement les marchandises, les produits, mais aussi des expériences dans les échanges commerciaux entre leurs pays d’origine et les pays d’immigration. L’expérience des Nanas Bess au Togo est illustrative de l’entrepreneuriat particulier des femmes africaines. Mais en dehors de celles, qui font la navette entre les régions et les continents, il y a celles qui sont nées dans les pays de résidence de leurs parents. Ces dernières sont le plus souvent binationales.

Comme d’autres pays d’Europe, il y a une forte communauté africaine subsaharienne en Belgique. On trouve des talents chez les femmes de cette communauté, qu’elles soient mariées ou célibataires, qu’elles aient ou non des enfants. Pour elles, entreprendre a plusieurs significations : auto-estime, autonomie personnelle, engagement, indépendance financière, visibilité, participation à des projets de société…Ce sont les éléments qui ressortent les interviews que quatre femmes d’Afrique noire m’ont accordés pour réaliser ce texte.

Par rapport à leurs consœurs du continent africain, celles de la diaspora dans ce pays européen ont théoriquement un environnement d’affaires favorable pour leurs initiatives. Tout au moins elles ne subissent pas le poids des traditions, qui est parfois handicapant. Concilier entrepreneuriat et vie de famille n’est pas impossible, on lui offre des opportunités qui la «libère» de certaines charges. En Afrique, la femme est toujours mise au défi de réussir sur les deux plans : ménage et entreprise.

En Belgique, depuis quelques années, des femmes de la diaspora organisent des rencontres sur l’entrepreneuriat féminin de leur communauté. Au-delà d’une rencontre, il y a des échanges sur les expériences personnelles, de parcours, de réussite et des difficultés multiples à surmonter, c’est aussi des moments de soutien à d’autres qui veulent entreprendre.

C’est lors d’une rencontre organisée dans un local d’une femme Africaine que surgit cette modeste réflexion. Pour dépasser le simple reportage, j’ai soumis à un questionnaire ouvert à 4 entrepreneuses : Marlène Mizuri et Valia Ndelela de la République Démocratique du Congo, Kadi Nakou du Togo, Fathia Iftin de la République de Djibouti.

 

Par Mohamed Abdillahi Bahdon

 

[1] Fatou Sarr, L’entrepreneuriat féminin au Sénégal. La transformation des rapports de pouvoirs, Paris, l’Harmattan, 1999.

[2] Odile Merckling, Parcours professionnels de femmes immigrées et de filles d’immigrés, L’Harmattan, Juin 2012.

 

 

Marlène Mizuri

Quel est l’intérêt d’entreprendre personnellement? 

 

L’intérêt d’entreprendre personnellement. Pour moi c’est la Passion et le besoin d’accomplissement personnel.

Il y a 10 ans que le projet de créer une Boutique des cosmétiques de qualité destinée à la beauté africaine a surgit dans ma tête.

Tout comme beaucoup de porteur de projet, la peur d’échouer, la peur d’être jugé et la peur de ne pas savoir comment faire m’a empêché de réaliser mon rêve.

La Passion que j’ai pour le monde de la cosmétique et l’envie de valoriser les créateurs et artisans noirs du monde de la cosmétique m’ont permis de me lancer dans cette grande aventure.

Je veux être en accord avec mes valeurs et avec mes besoins : je ne me retrouve pas dans les valeurs des produits toxiques qui sont mis en vente pour séduire les femmes noires, des produits pour la plupart cancérigènes, à base d’ingrédients dangereux.

Je veux créer une entreprise qui respecte mes valeurs et réponde à mes besoins afin de me permettre de travailler en paix avec moi-même et de m’accomplir pleinement et d’offrir de l’information et produits de qualité.

As-tu un exemple, des figures féminines que tu suis?

Une des figures féminines que je suis c’est Oprah Winfrey et Cérina De Rosen

Deux femmes exceptionnelles de leurs intelligence et compétence chacune dans des domaines différentes.

Pourquoi Oprah Winfrey : Oprah est une force de la nature qui a déferlé sur l’Amérique il y a plus de vingt-cinq ans ne s’est pas contentée de conquérir les cœurs. Elle a su les conserver. Elle est authentique, forte de caractère, elle partage sa passion autour d’elle et apporte de la valeur dans la vie des milliers des personnes.

Chaque année Oprah a fait don de plus de 50 millions de dollars pour la charité. Oprah a créé la Fondation Oprah Winfrey a été créé pour soutenir l’autonomisation, l’éducation et le bien-être des femmes, des enfants et des familles dans le monde entier.

Pourquoi Cerina de Rosen : Présidente et Organisatrice de l’Ethno Tendance Fashion Week Brussels. Cerina est ses filles forment ce que j’appelle une famille d’entrepreneuses.

Il nous manquait en Europe, surtout en Belgique des femmes noires entrepreuneure tel que Cerina.

Tout comme moi pour les cosmétiques, Cerina est partie d’un constat assez simple : l’absence quasi totale de visibilité des créateurs afro-descendants – du continent africain, de la diaspora et des caraïbes – dans les fashions weeks.

Pour pallier ce manque, elle décide de mettre en place une plate-forme de référence. C’est comme ça que l’Ethno Tendance Fashion Week Brussels est née en 2011. Une fashion week avec une dimension muticulturelle, internationale et inclusive et quand on parle d’inclusivité, c’est réellement sous toutes ses formes.

Comment tu as choisi le secteur dans lequel tu as décidé d’entreprendre? 

Mon choix pour ce secteur est partie du même constat que Cérina mais cette fois dans le secteur de la beauté, le manque total des produits SAINS, de Qualité crée par des créateurs noirs, afro-descendant et le manque des BOUTIQUES spécialisée dans la beauté noire et métissée.

Le manque de valorisation des créateurs noirs, afro-descendant en Europe particulièrement dans le secteur des cosmétiques.

Nous (les femmes africaines) avons pris l’habitude de penser que les produits efficace sont ceux crées par les européens ou Américains.

Cependant, nous avons dans la diaspora et sur le continent des créateurs qui nous proposent des produits qui répondent à nos besoins spécifique.

Cette phrase de Cérina résume parfaitement mon choix : C’est important que chaque personne soit visibilisée et  reconnue comme belle.

D’où le slogan : Parce que Chaque Beauté Compte !

Je me suis abonnés à certaines pages et groupes privés destinés aux soutient des femmes entrepreneurs tel que le groupe Afro Entrepreneuses et le groupe Become Community qui ont pour but de regrouper différents entrepreneurs pour se soutenir, s’encourager et apprendre des autres.

 

Kadi NAKOU du Togo,

Quel est l’intérêt d’entreprendre personnellement? 

Réponse: Je sais que quand on décide de devenir entrepreneur c’est soit par vocation ou une solution pour avoir de meilleurs revenus. Pour ma part c’est surtout l’envie de porter assistance et aider mon prochain que j’aime par-dessus tout.

Quand on décide de créer son entreprise c’est aussi pour pouvoir se permettre de faire ce qu’on aime, pour être libre gagner plus confiance en soi et dans mon cas gagner en qualité de vie. Pouvoir m’organiser autrement et avoir mon propre rythme sont les raisons personnelles dans mon cas.

As-tu un exemple, des figures féminines que tu suis?

Réponse : Elles sont nombreuses mais je citerai Oprah Winfrey, Michelle Obama et Ellen Johnson Sirleaf qui était la 24ème présidente du Liberia.

Comment tu as choisi le secteur dans lequel tu as décidé d’entreprendre? 

Réponse : j’aime être au service de l’humanité. Pour bkp de raison et sans hésiter j’ai choisi de m’orienter vers la femme et mère africaine.

Samedi 26 juin 2019, tu as fait ce qu’on appelle un workshop, as-tu créé ou intégré un réseau des femmes entrepreneuses africaines en Belgique?

Je suis la fondatrice du groupe Afro Entrepreneuses qui a mis en place le networking du samedi dernier. La femme africaine est une vraie championne dans le monde entrepreneurial et je trouve cela tout à fait naturel de les épauler et les mettre en lumière.

 

 

Valia Ndelela, Founder&Coordinator, Sapology2Design, DRC Fashion Trainers

Quel est l’intérêt d’entreprendre personnellement? 

Je lisais récemment que l’Afrique est le continent dans lequel on retrouve le plus d’entrepreneurs.

Comment tu as choisi le secteur dans lequel tu as décidé d’entreprendre? 

Mon père était logisticien, ma mère est diplomate, je pense que le besoin d’entreprendre m’est venu naturellement.

Chez moi au Congo on dit article 15 débrouillez-vous. C’est un peu mon moto. C’est ça pour moi entreprendre « Me » « débrouiller » pour trouver des solutions à des problématiques qui me sont chères.

As-tu un exemple, des figures féminines que tu suis?

Pas une figure en particulier, j’admire certes certaines femmes connues pour leur pugnacité et leur intelligence,…

Mais je suis avant tout inspirée par toutes les femmes qui font mon quotidien, ma mère, ma belle soeur partie trop tôt, mes amies, mes collègues.

Ce sont elles, ces femmes fortes qui m’ont construite et guidée.

Je pense être la somme de toutes ces femmes que j’ai côtoyées.

Comment tu as choisi le secteur dans lequel tu as décidé d’entreprendre? 

Comme souvent dans la vie je ne pense pas avoir choisi. La mode et la culture sont des secteurs qui m’obsèdent depuis mon enfance. Après on suit une voie qui est celle de la raison dans mon cas c’est la Biochimie, mais très vite, la passion reprend le dessus.

 

Fathi Abdillahi,

Quel est l’intérêt d’entreprendre personnellement? 

Entreprendre pour une femme africaine c’est permettre une ouverture de son continent ou de son pays au reste du monde, c’est concientisé sa population d’aimer de promouvoir et d’innovés ses richesses.

As-tu un exemple, des figures féminines que tu suis?

La personne que j’apprécie est Fatou Diome, c’est une femme qui veut avancer avec son héritage, elle a su se reconcilier avec l’Afrique on apprenant de l’occident et c’est ce que nous devons tous faire à mon avis.

Comment tu as choisi le secteur dans lequel tu as décidé d’entreprendre? 

Le cosmétique est une guerre qu’on nous mène depuis très longtemps, on nous impose d’éclaircir la peau, une autre facon de nous éloigner de la vérité, une absurdité de plus j’ai donc décidé une alternative celle d’innové nos produits, un retour à la source est inévitable.

 

Par Mohamed Abdillahi Bahdon

 

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