La Démocratie au cœur de mille et un questionnements

Vous ne le savez peut-être pas, mais le 15 septembre de chaque année est consacrée Journée internationale de la démocratie. Un choix des Nations unies qui fait référence à l’adoption, en septembre 1997 par le Conseil interparlementaire, de la déclaration universelle sur la démocratie. Cette déclaration pose ainsi les principes constitutifs de la démocratie et définit les caractéristiques et les fonctions d’un gouvernement démocratique. Une sorte de règles normatives que les États et les gouvernements devraient travailler à respecter et à consolider, de concert avec différents acteurs de la société nationale. L’instauration de cette journée vise donc à examiner chaque année l’état de la démocratie dans le monde, afin d’œuvrer à convertir l’idéal en réalité concrète.

Chouette! Qu’en est-il alors du respect des normes démocratiques en Afrique depuis le renouveau du début des années 1990? Le tableau présente une situation plutôt mitigée, avec une bien détestable tendance au charcutage constitutionnel pour le seul but de consacrer la pérennité au pouvoir. Au point que, finalement, la démocratie ne fonctionne plus, sur notre continent, comme un vecteur de développement et de bien-être pour tous. Mais plutôt comme une machine institutionnelle au service de quelques-uns, qui savent la manipuler à leur guise et pour l’intelligence de leurs seuls profits.

 

DÉSENCHANTEMENT ET DÉSARROI…

 

Les derniers développements de la vie sociopolitique africaine montrent à l’envi que chacun sait si bien évoquer la démocratie, même dans ses dérapages les plus incontrôlables. La fièvre du troisième mandat s’est emparée de nombre de chefs d’État, qui préfèrent s’arc-bouter à leurs fauteuils pour n’avoir pas su gérer dans la bonne gouvernance le pouvoir que leur a confié le peuple. Tant et si bien que… le divorce se creuse entre gouvernants et gouvernés; un hiatus s’instaure entre régimes dits démocratiques et pratique démocratique du pouvoir; l’essence démocratique elle-même se réduit à des rendez-vous électoraux de pure forme, parfois émaillés d’incidents et de crises graves!

Au final, le désenchantement le dispute au désarroi des populations qui, parfois, n’ont d’autre option que d’exprimer leur propre démocratie dans la rue, à travers soulèvements, insurrections et autres formes de dégagisme… Au train où vont les choses, on peut bien se demander aujourd’hui: une Journée de la démocratie pour quoi faire? Alors s’élève en écho, une quête, une requête même, qui convoque l’Afrique à une réforme de son modèle démocratique.

Dans plusieurs pays en effet, et pas seulement en Afrique, le constat est établi que «les campagnes électorales ne semblent plus renforcer ni la démocratie, ni l’État de droit, ni la cohésion nationale et encore moins l’intelligence collective de la société». Une fois ce diagnostic posé, on peut aisément conclure qu’il est impératif de sortir de la désillusion démocratique pour jeter les bases d’un nouveau contrat institutionnel devant guider les populations vers le mieux-être auquel elles aspirent. En somme, passer, comme l’indique Pierre Rosanvallon, de la «démocratie d’autorisation» à la «démocratie d’exercice»; donc d’une démocratie de façade à une démocratie réellement participative, proactive, en mettant l’accent sur l’intégrité et sur la bonne gouvernance.

 

RÉINVENTER LE CONTRAT SOCIAL

 

Intégrité, bonne gouvernance, culture de la vertu à tous les étages de la vie institutionnelle et sociétale, mais aussi vertu de nos valeurs culturelles et sociologiques… C’est sans doute dans le savant mariage de tous ces ingrédients que se trouve la clé de cette relecture des démocraties post-conférence nationales, qui devrait réécrire les relations entre gouvernants et gouvernés. Et cela dans une indispensable réinvention du contrat social et une commune reconquête du vivre-ensemble.

 

© Serge Mathias Tomondji, 14 septembre 2020

 

Source: http://www.fasozine.com

 

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