SENEGAL – Affaire Ousmane Sonko : La réponse des intellectuels à l’appel de la préservation de l’État de droit

 

 

L’affaire Ousmane Sonko a eu le mérite de rappeler que les politiques ne sont pas les seuls acteurs dont la  voix doit compter pour la marche de l’Etat de droit. En effet, la sortie des artistes et des chanteurs, tous devenus activistes pour l’intérêt supérieur de la nation, doit nous convaincre que chaque voix pèse dans une démocratie qui se veut participative. Pour le temps d’un combat, qui transcende les couleurs politiques, car étant une lutte pour la préservation d’acquis politiques longtemps conquis, tous ont répondu à l’appel de la patrie. Qu’en est-il cependant du rôle des intellectuels, dont le savoir doit surtout servir de lumière pour qui veut suivre le chemin éclairé d’un Etat de droit?

La mobilisation des artistes et autres porteurs de voix

 

Par la plume, l’image ou le verbe, les artistes et autres acteurs non politiques ont porté le combat contre ce qu’ils considèrent comme une injustice Des rappeurs comme Dip Doundou Guis, Hakill, Ngaaka Bindé, ou encore les légendes du Rap sénégalais telles que Didier Awadi et le groupe Daara Ji, ont repris service pour s’offusquer des violences qui se sont emparées du pays ces derniers jours. Dans les rangs de ces porteurs de voix, il faut aussi mentionner les artistes comédiens, des animateurs de renom, des guides religieux qui se sont mus en activistes pour « libérer » le Sénégal. Ils ont compris que, pour qu’une démocratie mérité le nom, il faut que chaque voix compte, les voix actives aussi bien que celles passives. Les premières doivent agir et combler le vide qu’a créé la désertion des deuxième, lesquelles avalent des couleuvres et se détournent de l’essentiel.

 

A l’appel de l’honneur donc, tous les citoyens se sont sentis concernés. Nombreux ont manifesté, pour la première fois de leur vie peut-être, pour exiger un retour à l’orthodoxie et à la cultivation des principes républicains. Ce combat, il n’est plus besoin de le démontrer, avait fini par dépasser les contours d’une exigence purement politicienne. Toutefois, la classe dite intellectuelle s’est distinguée comme à l’accoutumée par une dispersion des voix et des lectures contradictoires. Si certains ont daigné dénoncer la liquidation de la démocratie, sans aucune crainte de représailles de la part du pouvoir, d’autres ont préféré se terrer dans un mutisme coupable. Ils ont choisi d’être partisan d’un parti, notamment celui au pouvoir, pendant que des voix s’élèvent dans le monde entier, y compris des non Sénégalais, pour compatir et condamner.

Réaction variée des intellectuels sénégalais

 

A vrai dire, cette attitude de certains intellectuels interpelle et doit inquiéter puisqu’elle s’oppose à tous points de vue à ce que devrait être leur combat. Porteurs de voix, beaucoup sont devenus aphones à l’exception du très grand Boubacar Boris Diop, de Moussa Sène Absa, des 102 universitaires qui avaient sorti un manifeste au début de cette affaire. Ces derniers ont jaugé l’affaire dans tous ses angles et jugé  impératif de dégager une position tranchée et soucieuse de la préservation de la démocratie. Ils ont compris, par-dessus le marché, que la neutralité face à l’injustice est une invitation à sa pérennisation. De la même façon qu’ils avaient dénoncé le discours de Dakar de Sarkozy, l’assassinat de George Floyd aux Etats-Unis, la responsabilité des Etats africains et européens dans le phénomène de l’immigration clandestine, ces penseurs et autres chercheurs ne pouvaient pas cautionner, de par le silence, de telles agressions sur la démocratie.

 

Pourtant, pendant que des footballeurs d’autres pays tels que le Franco-sénégalais Patrice Evra et l’Espagnol Alvaro Gonzales expriment tout leur soutien au peuple sénégalais, des intellectuels font comme si le Sénégal était dans ses beaux atours. A défaut d’encourager la « justice » dans ce dossier qui sent le complot à mille lieues, cette catégorie se claquemure dans un silence coupable. Des hommes de plume comme Abdou Latif Coulibaly et Madiambal Diagne sont les porte-étendard de cette frange d’intellectuels qui se complaisent dans leur posture de « béni oui-oui » et trouvent explication à tout. Pis, le premier nommé s’est permis de critiquer, à travers deux tribunes distinctes, le cinéaste Moussa Sène Absa le manifeste des universitaires avec des arguments tirés des cheveux.

Oui à une plus grande présence pour la préservation de la démocratie

 

On aurait souhaité une meilleure implication des intellectuels que de simples analyses et lectures politiques de la situation. Cette catégorie de la population n’a nullement le droit de se retirer de la scène politique pour ce qu’elle représente de sentinelle et de bouclier pour la démocratie. En vérité, leur décision de ne pas faire de la politique ne devrait pas être synonyme d’un désintéressement à la chose publique. Il faut, pour le bonheur de tous, qu’ils continuent de faire peser leur voix sur la balance déficitaire de la pertinence et de l’honnêteté intellectuelle.

Parce que le pouvoir et l’opposition ont chacun des intellectuels à sa solde, il doit y avoir une troisième force qui sert d’équilibre et de contrebalance. Cette dernière catégorie, non partisane, permettra aux citoyens d’avoir une lecture sincère et fidèle de la réalité. Au moment où la plupart  des intellectuels  prêchent pour leur propre chapelle, à la manière des constitutionnalistes et juristes qui lisent le droit selon leurs intérêts, les intellectuels libres et indépendants de tout militantisme doivent reprendre le flambeau et guider les Sénégalais qui ont besoin de « Savoir pour agir » comme écrivit l’éminent Bouna Niang, professeur à la Festef/UCAD.

 

Par Ababacar Gaye/SeneNews

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

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